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L’Internationale Situationniste (1957-1972)
Un Bauhaus imaginiste
Heinz Stahlhut, le 14 mai 2007
René Riesel, Daniel Cohn-Bendit_Sorbonne, 1968_Centraal Museum Utrecht_Paris_France
René Riesel, Daniel Cohn-Bendit_Sorbonne, 1968_Centraal Museum Utrecht_Paris_France
 
LE DÉPASSEMENT DE L’ART

Le programme de l’Internationale Situationniste prévoyait donc de mettre en œuvre des moyens et des méthodes artistiques, non pas pour produire de l’art ou critiquer la politique, mais pour produire de la réalité. Or un art ayant partie prenante dans la société de consommation ne pouvait plus remplir cette mission. Son potentiel de dénégation devait se retourner contre lui-même ; l’art, et toute « société du spectacle » qui le définit, devait être aboli.

Ce refus catégorique de toute production artistique allait avoir pour conséquence l’éviction de membres comme Asger Jorn, Constant ou encore le groupe allemand SPUR, qui n’entendaient pas renoncer à la pratique artistique mais « seulement » révolutionner l’art. Dans les années qui suivirent, Asger Jorn élargit son champ d’activités au-delà de la peinture en étudiant et archivant l’art scandinave traditionnel, en voyageant, en s’intéressant aux sciences naturelles, aux théories économiques, à la philosophie etc. Quant à Constant, il développa, avec ses représentations de villes bombardées et entièrement rasées, des maquettes suggérant les villes de l’avenir. À partir de 1960, il donna à l’ensemble du projet le nom de « Nouvelle Babylone », que lui avait inspiré le film « Nowyi Wawilon » tourné en 1929 par Leonid Trauberg et Grigorij Kosinev sur la Commune de Paris.

Dès le début des années 1960, l’IS se transforma pour sa part de plus en plus en association d’intellectuels politiques. Le souvenir de l’avant-garde artistique ne subsista plus que là où l’IS en reprit les moyens et les méthodes pour servir son but premier : transformer le quotidien.


Michèle Bernstein, Asger Jorn, Colette Caillard, Guy Debord, 1959_Paris_France
Michèle Bernstein, Asger Jorn, Colette Caillard, Guy Debord, 1959_Paris_France
 
LA CRÉATION DE SITUATIONS COMME MOYEN DE RÉAPPROPRIATION DE LA VIE LIBRE

Cette transformation radicale de la vie, à laquelle aspiraient les mouvements d’avant-garde, devait se réaliser par le biais d’interventions directes au quotidien, dont seule la richesse pouvait garantir la reconquête d’une vie spoliée. Dans le manifeste de l’IS, le Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l’organisation et de l’action de la tendance situationniste internationale, rédigé en 1957 par Debord, cette devise est érigée en objectif absolu de toutes les activités du mouvement.

Pour les Situationnistes, la vie réelle de l’individu se concrétise dans son quotidien. C’est seulement dans la subjectivité vécue qu’il peut retrouver la vie dont le spectacle l’a dépossédé. L’IS partait donc du principe qu’une révolution qui ne changerait pas fondamentalement la réalité quotidienne de tout un chacun ne serait ni plus ni moins qu’une nouvelle forme de domination et de spoliation. Or, grâce à la construction de situations, la vie quotidienne devait au contraire être affranchie des structures fixes et des processus mécanisés de la réalité de la vie.

Affranchir le quotidien de ses contraintes fonctionnelles, lui redonner de la magie par le jeu libre de situations sans cesse nouvelles signifiait refuser toute « politique » préexistante, même celle prônant l’émancipation et que l’avant-garde avait reconnue comme la « vraie » voie qu’il suffirait d’inculquer aux « masses ». Le désordre actionniste, la radicalisation, la désaliénation, le renversement des valeurs et la mise en scène ludique de situations quotidiennes concrètes devait arracher à la léthargie du « spectacle » la conscience des personnes impliquées et l’amener à la révolution permanente.


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