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Philippe Starck
Le design en période de crise
Floornature, le 20 septembre 2010
Philippe Starck/Miamiam cutlery
Philippe Starck/Miamiam cutlery
 
C'est le matériau que nous pouvons commander avec le pouvoir de l'esprit. Ça n'est pas une blague ni un rêve ; ça existe. Il s'agit de pièces de laboratoire mais ça existe. Commander ce que l'on veut avec l'esprit est possible depuis plus de vingt ans, presque trente. La mémoire, je ne sais pas quoi, a commencé à exister il y a dix ans. Ce qui signifie qu'il y a des produits qui seront sur le marché, le premier dans dix ans, le second dans moins de vingt ans. Prenons par exemple l'ordinateur - tout le monde en a un aujourd'hui - le premier était très peu puissant mais gros comme une maison, le deuxième peu puissant et gros comme une pièce, le troisième comme une grande armoire, puis comme une grande valise. Il avait la grandeur d'une petite valise il y a deux ans et maintenant simplement d'une pochette, comme l'Apple, certains sont désormais aussi petits qu'une carte de crédit et on pourra les injecter sous la peau dans dix ans.

Philippe Starck/Bedside gun.
Philippe Starck/Bedside gun.
 
G.T.: Les designers disparaîtront ?

Philippe Starck :
Ceci signifie qu'il n'y a plus de design car nous sommes désormais dans une foire du design. Il n'y a plus de design parce qu'il n'y a plus d'objet ; c'est une stratégie de dématérialisation. Ce n'est pas moi le prochain designer ; c'est l'entraîneur, le prof de gym, le diététicien. C'est la raison pour laquelle nous présentons aujourd'hui la nouvelle collection appelée Home Gym Office à Alias. Le prochain produit, le prochain design est le corps, d'une façon artistique et esthétiquement simple.


Philippe Starck/_Miss-K-00
Philippe Starck/_Miss-K-00
 
G.T.: Quel sera alors le futur de votre profession ?

Philippe Starck : Nous devons d'abord savoir ce qu'est exactement cette profession. Je ne suis plus sûr de ce qu'elle est aujourd'hui car il y a des designers qui servent tout simplement à aider le marketing à vendre davantage. Ça veut dire qu'il y a des soldats qui suivent la vieille théorie obsolète de Raymond Loewy, qui disait au cours des années cinquante aux États-Unis que " Le laid se vend mal ". Ces personnes aident à réaliser des produits plus sexy, que les gens achètent plus, produisent plus, etc. Ça s'appelle vénalité et c'est quelque chose de très cynique et de totalement obsolète. Il y a ensuite les designers qui se croient des artistes, ce qui signifie qu'ils projettent de l'art pour d'autres designers. Personne ne comprend ce qu'ils font. Il y maintenant la nouvelle génération de designers qui ont honte de l'être, ils ont honte de projeter une chaise, ils veulent être de vrais artistes et réalisent une pièce d'un million de dollars pour une seule personne. Je ne sais pas si cela est cohérent avec la crise. Je ne sais si c'est vraiment honnête et particulièrement élégant car je crois que la seule élégance moderne soit celle de partager les bonnes idées. Celui qui n'a pas une bonne idée doit se taire mais s'il pense en avoir une, il a le devoir de la partager. Il y a ensuite des designers comme moi, et j'espère plus vieux et meilleurs que moi, qui pensent avoir le devoir de répondre avec clarté aux problèmes réels, aux urgences réelles.


Philippe Starck_PH5001
Philippe Starck_PH5001
 
Des designers qui, comme moi, exercent toujours une espèce d'action politique - je crois que c'est pour ça que nous sommes ici aujourd'hui - indiquant une certaine direction, comme ce que nous avons présenté au cours des dernières années, l'écologie démocratique, soit des produits à un prix contenu, faciles à trouver, faciles à utiliser, des choses pour produire de l'énergie. Le premier, réalisé en collaboration avec une grosse société, sera dans le commerce en septembre. Nous sommes aussi en train de créer, avec une autre société, une maison préfabriquée écologique high-tech à un prix très contenu, pour baisser, réduire le prix des logements car c'est absolument ridicule que la deuxième dépense de la vie actuelle doive être une maison pour s'abriter du froid et de la pluie. La première dépense est la nourriture, d'accord, mais la seconde est avoir une maison, un toit. C'est incroyablement stupide. Il y a en particulier une orientation dans l'architecture de nos jours. On construit des édifices de plus en plus exceptionnels, incroyables et de plus en plus coûteux. Personne ne pense qu'il y a plus en plus de sans-logis. Si nous comparons aujourd'hui le prix d'une maison et la technologie d'une maison - égale à zéro - au prix et à la technologie d'une voiture, je déteste les voitures mais une voiture est incroyablement plus intelligente et honnête qu'une maison. Si nous appliquons la façon de penser de l'industrie pour une voiture, ou un produit analogue, à l'habitation, à la maison et à l'architecture, nous pourrions en redimensionner le prix.

G.T.: Que pouvez-vous nous dire des exigences contemporaines ?

Philippe Starck : L'attitude actuelle dans la vie, dans la société, est d'avoir avant tout quelques doutes sur ce qui nous est utile et donc avant d'acheter. Nous achetons sans doute des choses qui ne nous servent pas. Imaginons cependant d'avoir besoin d'un canapé : il faut en premier lieu vérifier si le design est excellent, pour ne pas devoir le mettre à la poubelle dans une paire d'années parce qu'il est démodé, et si le matériau est suffisamment résistant, pour qu'il dure toute la vie et pouvoir ensuite le donner aux enfants et aux petits-enfants. Ceci signifie introduire l'idée tout à fait révolutionnaire, mais absolument vieille et obsolète, de la transmission et de l'hérédité.

www.starck.com


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