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RAOUL DUFY
Céramique
Gérard Landrot, commissaire-curator, le 10 août 2009
Raoul Dufy/Llorens Artigas_Large vase with yellow and green fish, 1924_adagp private collection
Raoul Dufy/Llorens Artigas_Large vase with yellow and green fish, 1924_adagp private collection
 
Dufy ne cesse de reprendre et de réinterpréter pour l’ensemble de ses céramiques ceux qu’il a développés dans ses projets d’étoffes. Parmi une kyrielle d'ébauches destinées à ses tissus,  et exaltant l'ornement unique répété indéfiniment, les semis polychromés ou de subtils ramages laissant, comme dans des devinettes cryptées, apparaître des fonds cachés, Dufy choisit un élément et le met en scène avec un art consommé de l’utilisation du volume. Le support céramique lui permet une plus grande liberté d’expression car il n’est plus tenu par les mêmes contraintes. Certes il en existe d’autres, mais la décoration céramique en s’affranchissant de la récurrence du motif et de la notion de mode est plus proche de l’idée de peinture.  Dufy réactualise aussi, en les remaniant, presque tous les thèmes issus du "Bestiaire". Il est remarquable que les gravures de cet ouvrage contiennent déjà une grande part de la thématique qui sera la sienne tout au long de sa vie: la musique avec la lyre de "la tortue" et celle d’Orphée, "le cheval", la nature "le papillon, la mer avec "le poulpe", « le dauphin » et "les sirènes"…

Parmi les nombreux autres motifs utilisés pour les étoffes et retranscrits sur les vases et jardins, les plus itératifs sont ceux de la naïade et de la coquille très souvent indissociés. Sur les deux vases "coquilles et naïades" les coquilles gravées dans la partie basse semblent accoucher des baigneuses nues qui s'élèvent ensuite dans les flots vers l'ouverture du vase. La référence à Amphitrite sortant de l'onde est patente. Dufy décore également de deux naïades accoudées à un bassin dont la fontaine centrale est figurée par une coquille, un petit jardin d'appartement.


Raoul Dufy-Llorens Artigas-Nicola Rubio_Music or opera garden
Raoul Dufy-Llorens Artigas-Nicola Rubio_Music or opera garden
 
La nature et particulièrement le monde aquatique sont omniprésents dans l'œuvre de Dufy mais l'insistance avec laquelle il revient sur ce thème précis nous persuade de l'importance primordiale qu'il y attache. Certes nous nous souvenons de la "Venus" de Botticelli mais aussi de la symbolique du coquillage, lié dans plusieurs civilisations au concept de la fécondité, attribut de l'amour et même de la résurrection, sa forme évoquant la vulve protectrice et fertile d'où s'extrait la vie. Dufy chérit cette radieuse conception de l'univers, tel un paradis terrestre avant le péché originel. Sa peinture est en harmonie constante avec cet humanisme dionysiaque. Il associe aussi, baigneuses et chevaux. Les vases sont rarement historiés de scènes anecdotiques et de ce fait, demeurent plus proches de l'allégorie. Le regard de Dufy s'éloignant graduellement de la représentation "événementielle" d'une scène, d'un paysage pour n'en dégager que la quintessence et la grâce épurée.

Dufy se souvient également de son expérience de graveur lorsqu'il s'emploie à souligner l'aspect rugueux de certains motifs. Les écailles des poissons sont toujours dessinées d'un trait incisé dans l'engobe. Les blés aux tons flamboyants d'automne et les fruits sauvages à l'abri d'une douce ombre estivale) sont gravés dans la matière pour en raviver le dessin, en rappeler le rythme et la matérialité sensuelle. De même, nombre de ses baigneuses confrontées à la houle sont cernées par des vaguelettes légèrement creusées dans l'émail indiquant ainsi la mouvance des flots et la pénétration des corps dans l'élément liquide.

Dufy se plait aussi à traiter le thème de "la source" symbolisée par une femme nue aux formes opulentes épousant magistralement celles du vase. Par deux fois, au moins, il campe cette déesse des eaux, bras levés dans la position de la "Vénus anadyomène" ou de "la Source" de Ingres répandant le contenu du vase qu'elle porte sur l'épaule à la surface de celui sur lequel elle est représentée. Un assemblage de 40 carreaux de faïence reprend fidèlement ce motif en conservant l’éclat des couleurs utilisées pour le vase conservé au musée du Havre. Par contre, si la position reste similaire sur le vase appartenant au Design museum Gent. C'est d'un austère trait blanc sur un fond noir sans nuance qu'émerge la figure féminine. Cette totale opposition de teintes entre les deux œuvres évoque précisément l'aspect positif/négatif d'une photographie. Paradoxalement ces vases noirs (car il en existe un autre à motif d’éléphants)  ne sont en rien affectés ou dévalorisés par leur étonnante bichromie mais s'en trouvent stylisés et procurent la sensation d'une judicieuse et exceptionnelle pureté car, pour Dufy la couleur ne fait sens que par le rapport qu'elle entretient avec la lumière. Cet "aveuglement noir" atteignant ici un radicalisme unique dans son œuvre céramique. En revanche il affectionne particulièrement le bleu:"la seule couleur qui à tous les degrés conserve son individualité". L'emploi de ce bleu azuréen sur ses poteries est constant et encore une fois associé aux baigneuses ou aux naïades.



Raoul Dufy/Llorens Artigas_Vase with white women bathers on marine blue base, 1925_Adagp private collection
Raoul Dufy/Llorens Artigas_Vase with white women bathers on marine blue base, 1925_Adagp private collection
 
En Juillet 1927 l’Exposition des « Jardins de Salon » à la Galerie Bernheim, grâce à leur incontestable originalité, surprend le public et remporte une adhésion unanime. Tandis que la palette de Dufy use de valeurs constantes pour les deux types d'œuvres, ce ne sont pas seulement les formes et les structures qui différencient vases et jardins d'appartement mais aussi une orientation thématique légèrement divergente. En effet, les « jardins d’appartement » sont souvent ornés de motifs spécifiques, moins ancrés dans la mythologie personnelle du décorateur et plus oblitérés par l'influence d'une culture commune aux trois opérants. On trouve ainsi, Espagne obligeant, plusieurs jardins évoquant la corrida, et d’autres les voyages en bateau, Paris, la Rome antique, Adam et Eve au Paradis, la Création de l'homme et de la Femme, Sainte-Adresse, la Musique, et même Versailles. Il est certainement hasardeux d'attribuer la paternité de tel élément thématique à l'un des créateurs même si l'on sait que Sainte- Adresse par exemple, reste le pré carré de Dufy. Il est pourtant certain que l'apport rigoureux de l'architecte implique la conception d'un décor souvent différent de celui des vases, Dufy utilisant les aplats et les avatars géométriques avec un évident brio tout en se soumettant aux exigences plus classiques que réclame l'architecture.

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