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RAOUL DUFY
Céramique
Gérard Landrot, commissaire-curator, le 10 août 2009
Raoul Dufy/Llorens_Black vase with yellow women bathers, 1925_adagp private collection
Raoul Dufy/Llorens_Black vase with yellow women bathers, 1925_adagp private collection
 
Cette rencontre avec Poiret est capitale tant par la convergence de vue qu'elle révèle durablement aux deux hommes sur leurs arts respectifs, par l'émulation qu'elle suscite entre eux mais surtout, par l'aspect décisif et pour ainsi dire définitif qu'elle apporte dans l'élaboration structurelle du style de Raoul Dufy. Leur brève collaboration à "la Petite Usine" de 1910 à fin 1911 permet à Dufy d'appréhender de nouvelles techniques telle que la chimie des colorants, le préparant aux opérations complexes pratiquées en céramique, mais aussi d'élaborer un style spontané, libéré des contraintes de son expérience cubiste. La variété des thèmes, la vivacité retrouvée des tons et la disposition des motifs affranchis de la perspective traditionnelle font de ces quelques mois une des plus riches périodes créatives pour l'artiste et constituent la genèse même des grandes compositions (et des moins grandes) à venir.»

Le puissant groupe de soyeux lyonnais Bianchini- Férier- Atuyer remarque l'extrême originalité des créations de Dufy et, avec l'accord de Poiret, propose au peintre un contrat confortable. Chez Bianchini-Férier, Dufy développe et perfectionne le travail commencé avec le couturier. Les moyens techniques et matériels mis à sa disposition l'autorisant à produire dans la liberté et la joie de vivre qui sont la marque même de sa créativité. Malgré cette défection, le couturier n’en tient pas rigueur au peintre. D’ailleurs, à l’occasion de l’exposition des Arts Décoratifs de 1925, Poiret fait de nouveau appel à Dufy pour décorer l’une de ses trois péniches de prestige «Amours, Délices et Orgues », amarrées sur la Seine, face au Grand Palais. Si la rencontre Dufy - Artigas a bien lieu en 1922 dans l'atelier de Paco Durrio, à Montmartre. Leur première collaboration artistique ne débute timidement que l'année suivante car leur association est le fruit d'un pur hasard, Picasso devant initialement œuvrer avec son compatriote Artigas. Ils se fixent rendez-vous, par deux fois, à l'atelier du céramiste mais Picasso n'est jamais venu.


Raoul Dufy/Llorens Artigas, Nicola Rubio_Small blue garden_Private Collection, adagp
Raoul Dufy/Llorens Artigas, Nicola Rubio_Small blue garden_Private Collection, adagp
 
Llorens Artigas, après plusieurs visites dans la capitale, travaille et perfectionne ses études céramiques en compagnie de Valentin Dueñas dans l’atelier de Durrio, avant de s’installer en 1923 dans son propre atelier, situé 22, quai des carrières à Charenton le Pont, dans la proche banlieue parisienne. Ce jeune céramiste, peintre et critique d’art, né à Barcelone en 1892, séduit Dufy car son propos n’est pas comme celui de Paco Durrio, de développer une œuvre formelle qui emprunte à la sculpture mais au contraire de « saisir les formes primitives que fournissent le tour, s’apparentant à celles des céramiques de tous les pays et de toutes les civilisations. Son travail d’invention se situant dans les émaux et dans les couleurs ». Dufy perçoit dans cette relative neutralité une exaltante possibilité de création conjuguée où, sur des galbes simples, son propre dessin, enrichi d’un émaillage inaltérable et d’un chromatisme accru, l'invite naturellement à poursuivre la cohérence décorative dont il a depuis longtemps senti l’impérative nécessité.

Quant à Artigas qui, après avoir enseigné à l’Escola Technica d’Oficis d’Art de Barcelone, vient de soutenir une brillante thèse intitulée: « Les pâtes céramiques et les émaux bleus de l’ancienne Egypte », il affirme: « En art, je crois qu’il y a une ligne continue entre la préhistoire et le monde d’aujourd’hui. En réalité, il n’y a qu’un seul art dont les œuvres sont faites de techniques différentes » C’est cette convergence de conception qui permettra aux deux artistes d’accomplir une œuvre commune aussi riche, aussi longue et indissociable Dufy, de 15 ans l’aîné d’Artigas,  est déjà un artiste reconnu et semble immédiatement convaincu par le talent et la personnalité de ce jeune catalan. Si les décors que réalise Dufy au fil de leur œuvre commune sont extrêmement variés, ils s’appliquent néanmoins  sur un  très  petit nombre de formes  de vases puisqu’on dénombre en tout et pour tout une quinzaine de galbes,  tandis que dans son œuvre personnelle Artigas en a produit plus d’une centaine. En revanche la fantaisie formelle des créateurs est exaltée par l’invention de leurs fameux « jardins de salon ».


Raoul Dufy/Llorens Artigas_Vase with women bathers, 1925_Adagp, private collection
Raoul Dufy/Llorens Artigas_Vase with women bathers, 1925_Adagp, private collection
 
Si la première collaboration des deux artistes (1922-1930) est facile à suivre puisqu’elle donne lieu de 1926 à 1929 à trois expositions à Paris, deux à Bruxelles une à Londres & une autre à New York, il n’en va pas de même de la seconde période (1937-début de la guerre) car il semble que leur œuvre commune n’ait alors jamais été exposée en galerie. Nous n’avons guère de précisions quant à la nature du travail réalisé durant cette période, un seul vase  connu étant daté de la fin de 1938..  Rappelons également qu’entre juillet 1936 et mars 1937 Raoul Dufy consacre toute son énergie à la réalisation de la gigantesque fresque de « La fée Electricité » destinée à l’Exposition Internationale de Paris.

C’est à l’exposition des Arts Décoratifs de 1925, dans la section « Arts et Industrie de luxe » que Dufy & Artigas présentent une oeuvre commune pour la première fois. Alors que Raoul Dufy expose son travail personnel à la galerie Bernheim Jeune dès 1921; l’œuvre collégiale des deux amis, uniquement composée de vases, est présentée dans cette même galerie pour la première fois en 1926. La liberté du graphisme, l’aisance et la générosité des motifs et des couleurs, qui semblent posés avec une fausse indolence sur des formes presque intemporelles, procurent à de nombreux amateurs l’intime conviction de côtoyer « la belle œuvre ».


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