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Los Angeles (1865-2008)
Le Paradis, ou presque
Jennifer A. Watts, le 20 juin 2011
Le Paradis ou presque_Los Angeles
Le Paradis ou presque_Los Angeles
 
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Les corps bronzés et en bonne santé, tout comme le soleil, deviennent le symbole de la Californie du Sud dès les années vingt. Los Angeles est alors synonyme de l’ère du boom économique, de la consommation agressive, de nouvelles moeurs sexuelles, de la mode et de la croissance d’Hollywood. Le corps est considéré comme le lieu même du loisir et de la consommation. Lorsqu’en 1933, un magazine annonça que « les Californiens s’y connaissaient en art de vivre », il s’agissait d’une évidence – la terre parfumée et ensoleillée de la région offrait un terrain de jeu luxueux.

Les photographes tirèrent parti de l’image d’une ville prônant le bonheur et l’amusement, où l’athlétisme pouvait être pratiqué toute l’année, où il faisait bon flâner et s’afficher en public. Plus récemment, d’autres images circulèrent, celles d’une ville encline à l’abandon joyeux et à la subversion des rôles entre hommes et femmes. Nombreux sont les photographes à avoir montré l’éclat de L.A., lieu friand de célébrité et de vie nocturne. Ils dévoilèrent une ville où, la nuit, le glamour flirte avec la solitude mélancolique.  Mais où cela mène-t-il ? Vers un lieu où le culte du corps, le fantasme, la luxure et le plaisir physique se heurtent à d’autres visions, d’autres émotions, comme la banalité, la douleur, l’exploitation et l’anonymat ?





Le Paradis ou presque_Los Angeles (1865-2008)
Le Paradis ou presque_Los Angeles (1865-2008)
 
CLASH

Los Angeles est communément perçue comme un épicentre de violences raciales et de catastrophes naturelles. Cette vision cauchemardesque et apocalyptique a fait le tour du monde en mots et en images. À L.A., la terre bouge dans un sens littéral : le feu détruit les collines et des quartiers entiers ; les glissements de terrain détruisent les résidences somptueuses des stars de cinéma ; les tremblements de terre – mouvement le plus terrifiant, le plus imprévisible et le plus « démocratique » – font tomber les immeubles et provoquent d’énormes dégâts. Il semble que la ville repose sur des fondations faites d’optimisme forcené – cela ne peut pas arriver ici – et d’amnésie volontaire – cela n’est jamais arrivé ici.

La Californie du Sud a toujours vécu une relation problématique avec la nature. L’effondrement du barrage St. Francis en 1928 fut, au 20ème siècle, l’un des pires désastres touchant un ouvrage de génie civil. Les photographes se sont toujours précipités pour rendre compte des cataclysmes. Ce fut le cas en 1933, lors du tremblement de terre de Long Beach, une réplique sismique qui provoqua la panique dans la fière métropole. Aujourd’hui, les photographes s’intéressent à la dégradation de l’environnement causée par l’urbanisation effrénée. Le Los Angeles River – un fleuve presque mythique – apparaît dans leurs images comme une terre à l’abandon, recouverte de graffitis et d’ordures.

Les tensions inhérentes à la conciliation travail-capital ont provoqué des troubles d’une rare violence en 1910, avec l’attentat ouvrier contre le Los Angeles Times. Après des décennies d’inégalités et de ségrégation, des émeutes éclatèrent une première fois à Watts en 1965, puis à Southcentral en 1992. C’est la face sombre de L.A., la ville noire de Raymond Chandler, où les filles qui ressemblent à des stars de cinéma sont battues par leurs petits amis, où Marilyn Monroe termine sa vie à la morgue dans un tiroir frigorifique en acier inoxydable duquel dépasse un orteil.

DREAM

Los Angeles a toujours symbolisé le pays des rêves et des désirs, qu’ils soient imaginés, exaucés ou déçus. L.A. est un lieu où fleurit l’espoir et où le destin de chacun devient une création personnelle. Les photographes pictorialistes des années 1910 et 1920 donnèrent la vision d’une Californie du Sud sous le brouillard, mais s’appliquèrent à atténuer légèrement cette réalité afin de suggérer la douceur de vivre et l’effervescence du lieu. Les photographes ont toujours cherché à comprendre de quoi était faite la matière des rêves : ils montrèrent la ville de nuit, sous des lumières veloutées et des panneaux lumineux scintillant à l’horizon. Depuis longtemps, L.A. est également synonyme d’une vie saine, en plein air, où l’on admire les couchers du soleil au bord de l’Océan Pacifique.

« Quelle autre image dévoilerait mieux le paradoxe du rêve américain que celle d’un ivrogne ayant perdu connaissance à l’ombre d’Hollywood ? ». Ces mots, d’un écrivain sarcastique, mettent le doigt sur l’équilibre fragile entre succès et échec. L.A. est une formidable usine à produire du rêve, en particulier grâce aux séduisantes promesses de célébrité et de richesse qu’Hollywood offrirait. Mais L.A. est aussi la ville de millions de gens ordinaires dont la vie et les rêves démentent les folies de l’industrie cinématographique. L’image d’un coucher de soleil sur Venice Beach pourrait bien signifier qu’à L.A. la rédemption est offerte par la rêverie plus que par la célébrité.



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