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Cino Zucchi : Liberté et Déterminisme
Cino Zucchi
Liberté et Déterminisme
Floornature + G.T., le 4 juillet 2011
L'Interview

G. T. a questionné l'architecte Cino Zucchi, professeur ordinaire de Composition architecturale et urbaine à l'école polytechnique de Milan.


De nombreux thèmes relatifs à l'architecture contemporaine ont été affrontés durant cette interview : de la formation de l'architecte au concept de qualité ; 
des matériaux de l'architecture à la durabilité ; de l'architecture résidentielle 
à l'Expo de 2015.

G.T. : La première question concerne ta figure d'architecte, de professionnel et de critique polyvalent : peux-tu nous l'expliquer ? T'inspires-tu de grands maîtres par nécessité, par désir de production ou conceptuel, parce que ça t'est utile pour trouver des idées même dans d'autres domaines, par exemple la didactique ?



Cino Zucchi : Il faut dire que ma biographie est plutôt bizarre et que les tournants de ma vie ont quelque chose d'assez amusant ; à l'âge de 18 ans, j'ai suivi par amour une fille en Amérique ce qui m'a amené au MIT. Mon éducation a été très scientifique, mathématique, intelligence artificielle. Je suis ensuite revenu en Italie, à un moment de grande érudition philologique. Je suis la terreur de l'étude parce que je parle un jour du calcul vectoriel, des oxydoréductions et le lendemain de Scamozzi ou de traités. C'est sans doute l'aspect le plus drôle de mon éducation, si ce n'est de ma personnalité : un mélange d'éducation scientifique et de forte érudition. Ceci dit, j'ai élaboré des deux côtés une grande curiosité, une certaine rigueur scientifique mais aussi un peu de sentiment dans toutes les directions. Gombrich dit quelque chose de beau sur les gardiens de frontière qui surveillent les secteurs scientifiques, disciplinaires, les universités.
J'ai toujours agi comme un frontalier.

Cino Zucchi/social housing, junghans area, giudecca, venice, 1997-2002
Cino Zucchi/social housing, junghans area, giudecca, venice, 1997-2002
 
G.T. : Gombrich parlait de façon positive de la patine des tableaux... y a t-il une patine de l'histoire en architecture ?



C.Z. : Selon moi, on pourrait dire que la culture historique... Tafuri disait que la culture historique, l'histoire sert parce qu'elle est tout à fait inutile. Il y a eu une période où j'étais beaucoup intéressé par ces thèmes et cela m'a surtout servi pour perdre un certain complexe de l'histoire, ce qui ne m'empêche pas de croire qu'aujourd'hui une obsession du " degré zéro""... je donnais l'autre jour un cours à Zurich, où on a l'obsession que tout se trouve dans les nuages, dans les pierres ; une idée calviniste où l'on est toujours nu face à la nature. À Milan, il appelaient " balabjot " ceux qui prenaient une douche à 5 heures du matin pour être plus moraux. Une génération qui croit être la première à avoir fait quelque chose a peut-être remplacé une génération trop érudite, presque brimée par ses références. Nous pourrions dire que j'aimerais pouvoir adopter ces deux attitudes : celle de l'innocence empirique qui a probablement pris un peu de l'expérimentalisme américain et par ailleurs comprendre que certains thèmes reviennent, comme un avion qui passe au même endroit à des altitudes différentes. On comprend à la longue que certains thèmes ne sont plus les mêmes mais se représentent.

Cino Zucchi/Biblioteca San Donato Milanese
Cino Zucchi/Biblioteca San Donato Milanese
 
G.T. : En parlant de toi, de ton travail, le premier mot qui vient à l'esprit est la qualité : peux-tu la définir, dans le projet architectural et dans le projet en général ?



C.Z. : Pendant que tu parlais, je songeais à un sonnet... c'est la foi des amants comme le mouton à cinq pattes, tout le monde dit qu'il existe mais personne ne sait où il est...Si l'on remplace foi des amants par le mot qualité... on parle souvent de qualité mais sa totalité est indéfinissable. La qualité est un rapport entre les choses dans chaque art ou travail. Prenons un film, nous ne savons pas si elle due à la bande sonore, aux acteurs, au lieu où se passe l'action mais toutes ces choses concourent... nous pourrions dire que la qualité est liée aux rapports dans l'art. L'architecture n'est pas proprement dit un art mais n'est pas non plus quelque chose sans art. L'architecture traîne toujours sa lourdeur et ne veut malgré tout pas être une pure technique. Le mot qualité doit sans doute être redéfini au fur et à mesure, selon les circonstances. Parler de qualité, s'il faut faire des maisons préfabriquées en Allemagne de l'Est est autre chose que faire un vase de Venini. 
Peut-être qu'il s'agit aujourd'hui de redéfinir le concept de qualité dans les limites de chaque occasion, où il faut essayer de porter ces limites au maximum, en devenant velléitaire si on les dépasse, un peu je veux mais je ne peux pas. Nous pourrions dire que la qualité d'une montre Swatch est différente de celle d'une montre Rolex et l'invention de la Swatch, qui n'est pas de la pacotille... Benetton ou Swatch ont compris que la qualité économique n'est pas le succédané de la qualité riche.


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