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Valérie Belin : La peau des choses
Valérie Belin
La peau des choses
Nathalie Herschdorfer, le 10 novembre 2008
Valérie Belin occupe une place singulière dans la photographie contemporaine. Depuis près de vingt ans, elle poursuit une démarche rigoureuse et cohérente qu’on ne peut classer dans aucune école. Le Musée de l’Elysée, qui suit les travaux de l’artiste depuis une dizaine d’années - et qui a exposé son travail à plusieurs reprises - a organisé la rétrospective de Valérie Belin en collaboration avec le Musée Huis Marseille d’Amsterdam et la Maison Européenne de la Photographie de Paris. Cette exposition constitue un premier bilan de l’oeuvre d’une artiste européenne majeure, à mi-carrière.

Depuis les années 1990, Valérie Belin a entrepris un projet radical, qui renouvelle les genres traditionnels de la nature morte et du portrait et qui intervient dans la substance même de la photographie – la lumière, l’échelle, la chimie. Son oeuvre opère par regroupements : miroirs, voitures accidentées, corps, visages, paquets de chips ou masques de carnaval. Pensés sur un mode sériel, ses sujets s’additionnent, se complètent et se répondent. Le traitement se caractérise par sa précision : compositions formelles – frontalité des poses et cadrages serrés excluant tout contexte ; fonds blancs ou noirs ; grands formats qui dominent le spectateur ; technique se basant presque exclusivement sur l’argentique ; précision chirurgicale de l’éclairage ; attention particulière au grain de l’image.

Les personnes et les objets scrutés par la photographe sont choisis pour leurs qualités esthétiques, ou plus précisément leur « photogénie ». Tous recèlent une apparence ambiguë, entre démonstration de force et fragilité, et tous se résument à une enveloppe extérieure, interchangeable. La méthode de travail demande une immersion complète dans les sujets et la démarche peut parfois se révéler longue lorsqu’il s’agit de trouver les casses de voiture adéquates, les sosies de Michael Jackson les plus significatifs, les associations de transsexuels, ou les compétitions de bodybuilders. Valérie Belin ne prend jamais une position subjective. Elle refuse tout artifice de mise en scène et toute narration. Le passage au noir et blanc et l’agrandissement transforment le statut de ses sujets. L’artiste opte pour la force d’évidence de la représentation : extraits de leur environnement, les objets sont « magnifiés », les identités « exagérées ». Le réel se confond avec sa représentation, le vivant avec l’artificiel.


Valérie Belin_Mannequins, 2003
Valérie Belin_Mannequins, 2003
 
Attachée au dispositif d’enregistrement photographique, l’artiste s’approprie le réel en créant des images fondées sur la répétition et la variation des choses et des corps. Ceux-ci entrent en résonance à travers son regard. Alors que les robes de mariées marocaines et les paquets de chips sont monumentales et spectaculaires, les argenteries, les miroirs et les femmes noires brillent de tout leur éclat métallique ; les robes de Calais et les masques font ressortir l’absence de celles et ceux qui les habitent ; les modèles et les métisses oscillent entre le vivant et l’inanimé ; les voitures et les palettes dévoilent leur fragilité ; les moteurs et les mannequins de vitrine se révèlent plus vivants que les humains ; les bodybuilders et les transsexuels, comme les sosies de Michael Jackson, exposent des corps soumis à des transformations extrêmes.

Chez Valérie Belin, l’être humain est tiraillé entre les réalités de la chair et les idéaux de beauté. Le spectateur passe de la fascination au malaise. Le doute plane : s’agit-il d’hommes ou de femmes ? De corps réels ou virtuels ? D’êtres organiques ou de sculptures ? Les recherches que mène l’artiste portent sur l’identité, la représentation, la beauté, la métamorphose. Sans artifice ni retouche, elle crée des figures issues apparemment d’un même moule, icônes d’un monde qui ressemble étrangement à celui dans lequel nous vivons.


Valérie Belin_Mannequins, 2003
Valérie Belin_Mannequins, 2003
 
Conversation photograpgique avec Valérie Belin...

Nathalie Herschdorfer : Ce qui est frappant, dans l’ensemble de votre travail, c’est votre approche de la photographie ; avant de considérer l’objet lui-même, vous traitez de sa représentation, de son image.

Valérie Belin : Ce qui se passe dans mon travail a lieu en effet au-delà de l’objet, et est directement en prise avec les possibilités du médium. On pourrait dire que je travaille la photographie « de l’intérieur », au travers de la lumière, de l’échelle, de la chimie – ce qui fait d’elle, avant toute chose, une empreinte lumineuse.

N.H. : L’intérêt que vous portez au médium était-il présent dès vos premiers travaux ?


V.B. :
Très tôt, je me suis intéressée à la lumière, à la radiographie, aux images spectrales. Mes premières séries ne sont pas à proprement parler des photographies d’objets, mais plutôt des photographies de leur spectre lumineux ; je ne cherche pas à montrer l’objet lui-même, mais l’énergie qu’il dégage. Prenons par exemple les photographies de carcasses de voitures, c’est un peu comme si, métaphoriquement, je photographiais l’énergie de l’instant de l’accident. C’est pour cette raison que je me tiens au plus près des objets, qui apparaissent ainsi comme « exorbités ». La photographie me permet également d’accentuer les potentialités du sujet ; le grand format, le face-à-face qu’il induit avec celui qui regarde, le cadrage serré excluant tout contexte, le noir et blanc – tout cela fait que la photographie se rapproche d’une forme de sculpture.

N.H. : A cela s’ajoute aussi le choix des sujets. Votre travail réunit des objets qui possèdent une beauté intrinsèque ; de même, les visages qui vous attirent présentent toujours une certaine plasticité…

V.B. : Mon approche n’est pas documentaire, je ne recherche pas l’objectivité. Je choisis effectivement mon sujet en fonction de ses qualités esthétiques – ou plus précisément de sa « photogénie ». La photogénie d’un visage ou d’un objet est quelque chose d’assez mystérieux, que je découvre en travaillant, et qui dépend étroitement du choix de la lumière. Pour la série des carcasses de voitures, par exemple, la tôle devait être de couleur sombre et froissée, afin que la lumière du soleil en fasse ressortir les éclats. Le passage au noir et blanc et l’agrandissement transforment également le statut de l’objet. Pour moi, la photographie, c’est la magie de voir apparaître l’image et d’assister à la transformation opérée par l’outil.


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