RECHERCHE
VILLE DE DESIGN
EGO MAGAZINE
ARCHIVES
Dominique Perrault
De «l’esprit de géométrie» à «l’esprit de finesse»
Frederic Migayrou + Luis Fernandez-Galiano, le 16 juin 2008
DOMINIQUE P./Théâtre Mariinsky
DOMINIQUE P./Théâtre Mariinsky
 
En 1972, pour entrer à l’école d’architecture, Dominique Perrault présente une simple maquette, une plaque de bois à laquelle est fixée une autre plaque, en métal celle-ci, suspendue par quatre ficelles retenues par des clous. Comme le montre ce geste fondateur, pour Perrault, le projet doit être allégorisé par une figure, une image qui annihile l’idée d’un temps de la conception, d’un étagement figé des moments du développement. C’est pourquoi les dessins, maquettes, diagrammes ou représentations informatiques ont toujours le même degré de réalité, s’en tiennent à la même image figurale; ce sont des instruments pour dire le même. Ainsi en va-t-il pour ce dessin de l’hôtel industriel Berlier jeté à la hâte sur le papier, représentant un simple parallélépipède qui réfracte tous les jeux de lumière possibles. Le dessin est une indexation, un schéma qui donne l’échelle (celle du corps, celle de l’oeil), un point de départ permettant d’expliquer efficacement le projet. Les dessins de Perrault n’ont volontairement aucune valeur expressive, ne visent aucun effet plastique ; ils restent des pictogrammes sans profondeur, l’enregistrement d’une image. […]

Dominique Perrault - Mariinsky Theatre, St. Petersburg, Russia (Copyright DPA)
Dominique Perrault - Mariinsky Theatre, St. Petersburg, Russia (Copyright DPA)
 
Dominique Perrault commente la réalisation du vélodrome et de la piscine olympique de Berlin (1992-1999) où les deux vastes bâtiments semblent disparaître sous la surface du sol pour dessiner un Carl Andre monumentalisé : «Il y a une disparition de l’architecture, et il y a l’apparition d’un paysage avec toujours cette même idée, c’est-à-dire maîtriser un matériau fondamental de l’architecture, même s’il est abstrait, le vide. Comment peut-on construire avec le vide qui est une simple puissance émotionnelle, comment construire des vides qui soient des lieux qui ne séparent pas les différentes parties de la ville, des lieux de sociabilité, de citoyenneté.» On comprend que, pour Dominique Perrault, le géographique bouscule radicalement toute identité persistante, que ce soit celle du construit ou celle de l’image. Avec insistance, l’architecte réclame l’émotion, cette puissance unilatérale des matériaux capable d’instaurer une phénoménalité brute du fait architectural ; c’est la notion même de morphologie urbaine qui pose alors question. Le carcan d’une image collective, instrumentalisée, posée en principe fondateur, et dont l’architecte pourrait s’imaginer avec candeur être le producteur, est lui-même évacué. Question d’identité : comment se fonde, comment s’origine la décision du projet, sinon dans un jeu intentionnel ? «Pourtant, insiste Perrault, tout le processus de fabrication de l’édifice tient sur une rencontre, souvent fulgurante, entre un concept et un contexte, entre une idée et un lieu. Ce grand moment, ce rendez-vous sensible, n’est qu’émotion.» L’architecte desire préserver ce moment indiciel, celui de la décision, celui de l’acte qui change l’ensemble du champ qualitatif d’un territoire.

DOMINIQUE P./DC tower_C Beyer_Leitung
DOMINIQUE P./DC tower_C Beyer_Leitung
 
[…] La patiente élaboration des textures de mailles métalliques par l’agence Perrault constitue l’avènement d’un élément architectonique qui permet de déplacer l’effet de séparation, de l’étendre à une authentique fonction de liaison tant matérielle que perceptuelle. Les rideaux de maille, déjà présents dans les intérieurs de la BNF, vont s’imposer comme des matériaux constructifs à part entière, tout d’abord avec l’immense résille cuivrée voilant la façade du projet pour le musée Reina Sofia (1999), puis avec le projet de la Fondation François Pinault (2001). Posé sur une plate-forme, ce dernier bâtiment s’organise selon une distribution aléatoire de boîtes liées aux différentes fonctions du programme, l’ensemble étant entièrement enveloppé par une trame métallique lui conférant tout à la fois une présence monumentale et une fragilité diaphane. Ces rideaux tombant jusqu’au sol créent de larges circulations semi-publiques, semi-privées, bouleversent les économies intérieur /extérieur et modifient radicalement les images du paysage urbain. Véritable prototype, ce projet marque une étape décisive dans l’oeuvre de Dominique Perrault. L’architecture renoue aussi bien avec une logique de la séparation, envisagée comme un « acte de partage », «un vide qui unit les architectures individuelles », qu’avec l’unité physique du bâti en tant que «volume nouveau, inédit, issu du processus de réalisation, où la forme architecturale naît du process ».

<   1  2  3  4  5  6   >
IMPRIMERENVOYER À UN AMIHAUT DE PAGE
HÔTELS-BOUTIQUES
AGENDA
NEWSLETTER


giubbotti peuterey Peuterey Outlet giubbotti peuterey peuterey online