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Dominique Perrault
De «l’esprit de géométrie» à «l’esprit de finesse»
Frederic Migayrou + Luis Fernandez-Galiano, le 16 juin 2008
DOMINIQUE P./Bibliotheque-Francois-Mitterand_Paris
DOMINIQUE P./Bibliotheque-Francois-Mitterand_Paris
 
Le Centre Pompidou consacre, pour la première fois en France, une exposition d’envergure à l’architecte français Dominique Perrault. Ainsi, après avoir rendu hommage à Christian de Portzamparc (1996), Renzo Piano (2000), Jean Nouvel (2001), Thom Mayne (2006) et Richard Rogers (2007), le Centre Pompidou poursuit son engagement pour faire comprendre et connaître l’architecture de notre temps en exposant les grands architectes internationaux contemporains.

Le nom de Dominique Perrault évoque immédiatement la réalisation de la Bibliothèque Nationale de France (1989-1995), aujourd’hui reconnue comme le monument de l’Est parisien qui, construit comme une non-architecture, par la simple délimitation d’un volume autour d’un jardin, a inauguré une nouvelle économie du territoire et de l’objet architectural. 200 projets étudiés ou réalisés à travers le monde (vélodrome de Berlin, théâtre Mariinsky II à Saint-Pétersbourg, université EWHA à Séoul, etc.) constituent une oeuvre qui ne se limite pas à un bâtiment, aussi emblématique soit-il, mais invente de nouveaux territoires d’expression, s’inscrit dans une recherche permanente, franchit les frontières depuis l’Espagne jusqu’à la Russie, depuis l’Autriche jusqu’en Corée, depuis l’Italie jusqu’aux États-Unis.

Dominique Perrault ne crée pas des bâtiments mais des paysages. Des formes simples, des concepts fondamentaux viennent transfigurer les lieux dans lesquels ils s’inscrivent, par un travail d’intervention minimale qui ne craint pas d’utiliser le vide pour susciter une résonance.


Dominique Perrault_La Porte de la Chapelle_Paris
Dominique Perrault_La Porte de la Chapelle_Paris
 
Les nombreux projets exposés témoignent de la richesse formelle de cette approche et des multiples vertus qu’elle engendre - que ce soit en matière environnementale, sociale ou urbaine. On découvrira notamment comment, autour de la Cour de Justice des Communautés européennes, à Luxembourg, et du Palais des Congrès de la ville de León, en Espagne, se développent des études urbaines riches de potentialités. Comment la conformation du nouveau campus de l’Université Ewha à Séoul garantit, tout naturellement, sans superfétation, une efficacité énergétique exceptionnelle et le confort des usagers. Comment le nouveau Centre de Tennis de Madrid peut s’adapter et se transformer selon les exigences et les conditions du moment. Comment le Théâtre Mariinsky II à Saint-Pétersbourg s’insère heureusement dans un site délicat, protégé au titre du patrimoine mondial de l’humanité. Comment cette approche permet d’envisager les défis urbains et techniques soulevés par les tours, qu’il s’agisse des deux hôtels inclinés de la foire de Milan, en chantier, de l’Hôtel Habitat Sky, en cours d’achèvement sur la diagonale de Barcelone, ou encore des tours « jumelles » de Vienne, nouveau signal d’entrée du quartier Donau City.

Dominique Perrault_Hôtel Habitat SKY
Dominique Perrault_Hôtel Habitat SKY
 
Édifications d’une méréographie

Dominique Perrault dessine. Il fixe en blanc les contours de la Bibliothèque nationale de France sur un tableau de verre posé en transparence sur la ville, puis marque un volume absent de quatre coins installés sur un plateau, pour le retracer en miroir comme son envers, comme un soubassement symétrique. La bibliothèque est là, l’objet architectural dans son entièreté accueillant la totalité d’un programme qui n’aura cessé d’évoluer au cours de la réalisation. Peut-être est-ce le seul dessin où Dominique Perrault donne à ce bâtiment un corps objectif, qui en surface clôt un espace vide à peine marqué par ce «morceau de nature» dissimulé en son sein. Il révèle l’objet disparu, le monument attendu, l’imposant volume qu’aurait dû occuper un tel projet, le sujet même d’un jugement esthétique et critique qui, de l’architecture, ne retient que l’édifice, ce qui s’élève, s’ancre dans le sol, l’ouvrage qui sédimente les années, qui définit la permanence, la mémoire, l’histoire. Beaucoup de temps s’écoulera avant que ne soit accepté ce déni d’histoire, avant d’admettre que la mémoire est une construction participative du présent. En effet, que les tours de la bibliothèque puissent délimiter une aire identique à celle de la place de la Concorde, mais une aire vide, semblait inacceptable aux yeux d’une critique architecturale en quête de formes qui souhaitera même «combler la béance», s’en tenir à l’ordre du dense et du construit. Alors que l’ensemble du quartier Masséna se maille d’un pilotage désuet tentant de restituer une image volontiers conformiste de la ville du XIXe siècle, la Bibliothèque nationale de France, née au coeur d’un domaine chaotique sillonné de réseaux hétérogènes, reste le pôle directeur d’un schéma urbain promouvant la fusion de l’architecture avec une forme territoriale, afin de développer un urbanisme contemporain qui «crée véritablement un lieu, fait surgir la question des limites dans lesquelles l’architecture peut être abstraite et neutre, et des limites dans lesquelles un architecte peut attendre d’un édifice qu’il soit vu pour lui-même et non pas confondu avec les projections mentales et les attentes de qui le regarde ».


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