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Une histoire juridique et éthique de la photographie
Daniel Girardin + Christian Pirker, le 1 novembre 2010
Elsie Wright et Frances Griffiths, Fairy Offering Flowers to Iris, 1920_© National Media Museum, Bradford
Elsie Wright et Frances Griffiths, Fairy Offering Flowers to Iris, 1920_© National Media Museum, Bradford
 
Dès 1839, date officielle de l’invention de la photographie, les photographes ont dû se battre pour faire reconnaître leurs images comme créations originales et pouvoir bénéficier des protections assurées par le droit d’auteur. Cette reconnaissance a été peu à peu inscrite dans les jurisprudences en Europe et aux Etats-Unis, après un large débat public sur le statut de la photographie. Ce processus en reconnaissance n’a pas été facile, à une époque où la photographie était encore nouvelle et où il apparaissait clairement qu’elle allait bouleverser toute la tradition de création et de diffusion des images. Par leur principe de réalité et par leur qualité sérielle, les photographies posaient des problèmes jusqu’alors inconnus.

Plusieurs questions majeures, d’ordre philosophique et culturel, ont été étudiées par les tribunaux dès le milieu des années 1850. Pour les juges, il était alors problématique de considérer la photographie et de décisions de justice. Deux dynamiques se côtoient dans ce processus : celle de la légalité et celle de l’éthique. Le regard porté à la photographie sous l’angle du droit et de l’éthique met en évidence son immense pouvoir de représentation et sa capacité sans cesse renouvelée à produire du sens, beaucoup de sens. Toute photographie est interprétée avec les codes culturels attachés aux contextes de sa création et de sa diffusion. Cette lecture de l’image est faite individuellement par chacun en fonction de ses convictions philosophiques et morales, mais aussi collectivement par la société, en référence à ses lois et à son éthique, notion comprise ici dans le sens de règlement universel inscrit dans une culture.


Man Ray, Noire et Blanche, 1926_© Man Ray Trust / 2007, ProLitteris, Zurich
Man Ray, Noire et Blanche, 1926_© Man Ray Trust / 2007, ProLitteris, Zurich
 
Les normes de représentation changent en même temps que les techniques de création et de diffusion de la photographie, elles varient aussi en suivant les modes de pensée des sociétés. Une vision d’ensemble des principaux cas qui ont amené des photographes devant les tribunaux ou conduit à la censure et à l’interdit montre qu’ils avaient pour source des questions liées à l’argent, à la politique, à la morale - religieuse ou laïque -, à la sexualité ou à la reconnaissance du statut d’auteur et de créateur.

Marc Garanger, Portrait de Cherid Barkaoun, Algérie, 1960_© Photo Marc Garanger
Marc Garanger, Portrait de Cherid Barkaoun, Algérie, 1960_© Photo Marc Garanger
 
A la fin des années 1960, Guy Debord, fondateur et animateur de l’Internationale situationniste, publiait La Société du spectacle, un ouvrage dans lequel il analyse de manière critique le rapport social médiatisé par les images, devenues principal rapport au monde des individus. Il y dénonce également le culte de la marchandise et de la consommation. Bill Gates, propriétaire de Corbis, lui donne raison en écho, en affirmant de manière très directe que “celui qui contrôle les images contrôle les esprits”. Ce pouvoir politique des images donne un sens particulier à la compréhension de la réalité, fournit un point de vue unique et souvent acritique des événements du monde, il modélise des standards visuels. Ce phénomène participe d’une réelle déculturation des regards par culpabilisation et répression. Le grand risque est celui du conformisme visuel, du prêt-à-porter de l’âme.

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