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Design de pointe et dispositif des choses
Les pensées de Jean Louis Frechin
Annie Gentès + Jean-Paul Robert, le 7 novembre 2018
Jean Louis Frechin_Wapix YJMM, cadres chronopictographiques
Jean Louis Frechin_Wapix YJMM, cadres chronopictographiques
 
De ce fait, la photo, prise en rafale, n’élève plus un monument, mais enregistre une succession, présente une chronique. C’est ce flux temporel photonumérique que traduit Wapix YJMM. Il ne s’agit pas d’un diaporama mais d’une migration d’un cadre à un autre. Autrement dit, une photo « n’écrase pas » une autre photo mais coexiste latéralement et se déplace. Cette présentation des photos rend compte à la fois de l’allègement de l’acte photographique, qui ponctue aujourd’hui nos activités personnelles et familiales, et traduit cette légèreté dans une diffusion transitoire. Cette proposition permet aussi d’éviter l’enfouissement des photos sous forme de fichiers numériques au coeur d’un disque dur. Non seulement, elle assure la légitimité de la « photo éphéméride » dans l’espace familial, mais elle donne à voir la façon dont le numérique introduit le temps dans les objets, non pas comme témoins d’un usage qui les abîme mais comme proprement dans le temps, fluctuant, s’écoulant.


Jean Louis Frechin_WaSnake ELA, étagère modulable, dispositif de diffusion d'information
Jean Louis Frechin_WaSnake ELA, étagère modulable, dispositif de diffusion d'information
 
Si l’ordinateur est le lieu de l’information par excellence, l’écran est le lieu labile des apparitions, évolutions et disparitions des textes et images. Il y a une distance entre le fonctionnement numérique et le mode d’expérimentation des interfaces, similaire à la distance entre la dénotation et la connotation. WaSnake ELA offre un espace de représentation des présences. Cette représentation repose à la fois sur une information précise et sur une transformation de ces informations en signes complexes, polysémiques, ouverts à l’interprétation. Le designer du numérique a ainsi un choix à faire sur les modalités d’apparition de ces informations. Il décide aussi des modalités d’interaction avec les appareils.

Cette distance entre information (machine) et dénotation (interface) et renforcée par la disparition du clavier comme mode dominant d’interaction avec la machine. On ne rentre plus le nom du fichier .wave dans l’outil de recherche de l’ordinateur mais on retrouve les pochettes des CD que l’on place sur Waaz AL, comme pour retrouver une empreinte. Petits gestes libres, déplacements infimes permettent de faire évoluer l’environnement. La main n’assigne pas, elle palpite, ondule, pose et les lampes s’allument, les portes s’animent, la musique se fait entendre. Les «Wa » ne sont pas des surfaces à cibler mais des surfaces à caresser d’un mouvement.


Jean Louis Frechin_WaDoor UP, porte-écran
Jean Louis Frechin_WaDoor UP, porte-écran
 
Les objets numériques sont des miroirs tendus à notre présence. Comme de nombreux auteurs l’ont noté, l’identité et l’intime sont redéfinis dans notre relation aux machines communicantes. Les surfaces réactives, les messages qui circulent, les photos qui se succèdent, nous diffusent, nous exposent. Nos mémoires s’externalisent, les espaces professionnels et privés se mêlent, la proximité physique peut moins nous définir que la proximité virtuelle. Les objets de jean louis Frechin sont eux aussi pris dans cette logique complexe d’une intimité qui ne se décrit plus comme une intériorité autonome. D’une part, ils contribuent à l’extériorisation de l’intime en transformant des objets d’ameublement en lieux d’expression de la personne. D’autre part, ils tentent de tourner ce que cette exposition, ce renoncement à l’obscur, peut avoir de dangereux en réinventant une forme de distance avec les objets. La notion de trace est ici fondamentale parce qu’elle témoigne de notre rapport aux objets par contact - sans qu’il s’agisse de biométrie - et surtout parce que la trace est évanescente.

Ces surfaces d’affichage sont des palimpsestes qui se réécrivent en permanence. Transposée aux questions d’identité, cette esthétique nous aide à penser, non seulement la substitution par le biais d’avatar par exemple, mais les gradations dynamiques, du point abstrait au photo réalisme. Ainsi, l’absence de contours délimités, et finalement la cryptographie des objets comme formes d’expressions de soi, permettent de recréer un lieu intime propre.


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