Basquiat : SAMO l'étoile filante.
Basquiat
SAMO l'étoile filante.
P.O., le 27 juin 2016
Jean-Michel Basquiat_Lee Jaffe_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Lee Jaffe_New York_USA


«I don't think about art when I'm working.  I try to think about life...

Rien ne prédisposait Jean-Michel Basquiat à figurer dans les catalogues de musées ni dans les collections privées. Né en 1960 à Brooklyn (New York), Basquiat appartenait à ce que l'on appelle aux États-Unis les " minorités raciales " : un père haïtien, une mère portoricaine. Après le divorce de ses parents, il connut une scolarité difficile entrecoupée de fugues.

Il était alors très loin du monde de l'art. Rebelle précoce, il a eu l'occasion d'attirer la bienveillante attention de ses parents et des professeurs des nombreuses écoles privées qui l'ont accueilli. Doué pour le dessin et encouragé par sa mère avec qui il se rend régulièrement au MoMA et au metropolitan museum, il reçoit des mains maternelles un classique, "Anatomy" de Gray. Ce sera un cadeau déterminant qui l'accompagnera dans de nombreuses oeuvres qu'il consacrera à l'anatomie du corps humain. "I'd say my mother gave me all the primary things. The art came from her." dira-t-il.

Dès l'adolescence il fait plusieurs fugues au cours desquelles il fera ses premières approches de la drogue . Elles coïncident aussi avec une farouche détermination à devenir célèbre. A dix huit ans il quitte définitivement la maison familiale .

Jean-Michel Basquiat_Left Eyes_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Left Eyes_New York_USA


Jean-Michel Basquiat_Andy Warhol_1984_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Andy Warhol_1984_New York_USA


A cette époque, les graffitistes du métro sont organisés en une société hiérarchisée, les auteurs de Tags (signatures) doivent franchir toutes sortes d'épreuves avant de pouvoir inscrire, en toute illégalité, le nom qu'ils se sont choisi sur la face extérieure des rames. Jean Michel Basquiat fait connaître très vite son patronyme le tag "SAMO" surmonté d'une couronne et du signe du copyright qu'il se met à inscrire sur les murs du métro et des batiments du bas de Manhattan. "Village Voice" s'en fait l'écho. Pour gagner sa vie il dessine et vend des cartes postales et des sweat-shirts illustrés.

Jean-Michel Basquiat_Jimmy Best, 1981_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Jimmy Best, 1981_New York_USA


Au cours des années 1980 il fait partie des acteurs qui font leur apprentissage en couvrant des palissades de chantiers et des murs pignons ; deux graffittistes se détachent du lot : Keith Harring, qui donnait du rythme aux surfaces, et de Jean-Michel Basquiat, qui, lui, avait choisi de les maltraiter. Tous les deux sont proches de Warhol. Ils ont à leur tour trouvé leur inspiration dans cette culture authentiquement populaire : celle de la rue et du métro new-yorkais. nouvelle forme de culture populaire extrêmement vivace dans le New York des années 1970.

Jean-Michel Basquiat_Warrior, 1981_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Warrior, 1981_New York_USA


Les graffiti de Jean Michel Basquiat expriment la révolte constitutive d'une identité et d'une culture multi-ethniques de la pauvreté urbaine au sein d'une société de consommation et de médiatisation exacerbées. "Every line means something" disait-il.

Jean-Michel Basquiat_Anthony Clarke, 1985_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Anthony Clarke, 1985_New York_USA


La question du racisme le hante depuis son plus jeune âge. Une majorité de ses toiles évoquent la difficulté d'être noir. sa créolité qu'il porte en lui trouve difficilement sa place dans une société à majorité de blanche. Il porte dans ses tableaux cette réflexion sur la négritude tant chantée par Aimé Césaire : "Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale elle plonge dans la chair rouge du sol elle plonge dans la chair ardente du ciel elle troue l'accablement opaque de sa droite patience."

Jean-Michel Basquiat, Zydeco, 1984_New York_USA
Jean-Michel Basquiat, Zydeco, 1984_New York_USA


L’activité souterraine des graffiteurs, qui tient presque de la performance, fait irruption dans les bastions artistiques. L'exposition New York, New Wave (New York, nouvelle vague), organisée en 1981 par Diego Cortez dans l'espace " alternatif " de PS1 (New York), en est la première manifestation publique. Transférés sur toile, les graffiti sont à vendre. Certains de leurs auteurs deviennent alors des " artistes ", dont se saisissent les galeries qui rompent avec les productions austères des années 1970. Pour Basquiat, tout va alors s'accélérer : une exposition à la galerie Mazzoli à Modène (Italie) et à la galerie Anina Nosei à New York, que suivront bien d'autres encore. Il a vingt-deux ans lorsqu'il participe à la Dokumenta 7 de Cassel où y exposent Gerhard Richter et Sigman Polke. Jean-Michel Basquiat est le benjamin de cette grande exposition.

Jean-Michel Basquiat_Untitle, 1982_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Untitle, 1982_New York_USA


Jean-Michel Basquiat_Fallen Angel, 1981_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Fallen Angel, 1981_New York_USA


Bien loin des graffiti, ses œuvres s'affirment comme des peintures et sont associées à celles de la transavantgarde italienne (il collaborera ultérieurement avec le peintre Francesco Clemente, et avec Andy Warhol). Sur la toile (préparée par endroits par l'application de photocopies en couleurs), mais aussi sur des supports moins traditionnels arrachés à l'espace urbain (des barrières), s'inscrivent des figures sombres et grotesques, des mots ou des formules, des signes plus ou moins déchiffrables, entrecoupés de couleurs stridentes. Des citations extraites des médias s'y laissent lire, de même çà et là apparaissent des fragments autobiographiques (la couronne de Samo) et des éléments empruntés au culte vaudou (affirmation de sa " négritude ").

Jean-Michel Basquiat_Piano leson for Chiara, 1983_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Piano leson for Chiara, 1983_New York_USA


La peinture de Basquiat se réfère autant à l'art primitiviste, à l'Art brut ou à Cobra qu'à la grande tradition américaine, de Rauschenberg à Cy Twombly. Et Keith Haring, plasticien ami de Basquiat, avait pu affirmer en 1983 : «Il a fait la seconde révolution de l'art new-yorkais après l'affirmation des femmes dans la peinture. » Affichant un bestiaire de mots selon le critique David Shapiro qui compare l'art de Basquiat à la chanson de geste du Moyen Âge, ces œuvres font de l'artiste " un poète de rue qui a su s'imposer dans les salons bourgeois ".

Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol_Richard Schulman, 1984_New York_USA
Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol_Richard Schulman, 1984_New York_USA


En 1981, il est présenté à Andy Warhol. L'amitié qui naît entre les deux hommes repose sur une séduction réciproque. Basquiat passe des nuits à philosopher avec son idole. L'exposition Figuration libre France/USA organisée en 1984 par le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris consacre officiellement cette mouvance "figuration libre composée des peintres : Rémi Blanchard, François Boisrond, Robert Combas, Hervé Di Rosa , en la confrontant à la génération des " graffitistes " new-yorkais (Jean-Michel Basquiat, Crash, Keith Haring, Kenny Scharf). On peut mesurer à cette occasion ce qui réunit mais aussi ce qui distingue les peintres américains et français.

Jean-Michel Basquiat_Isthar, 1983_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Isthar, 1983_New York_USA


Jean-Michel Basquiat_Polo Frito, 1982_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Polo Frito, 1982_New York_USA


Jean-Michel Basquiat, Auto portrait_New York_USA
Jean-Michel Basquiat, Auto portrait_New York_USA


Les graffitistes new-yorkais seront privés en moins de deux ans de leurs chefs de file : Jean Michel Basquiat en 1988 (le 12 août) à la suite d'une overdose, et Keith Haring, mort du sida le 16 février 1990. Rarement un artiste eut une ascension aussi rapide ; A vingt-cinq ans alors qu'il peint depuis cinq ans, il fait la couverture du New york magazine, deux musées européeens lui consacrent une retrospective. Du jamais vu ! Jean-Michel Basquiat fait partie du panthéon des noirs célèbres. Il rejoint ses idoles , le boxeur Ray Sugar Robinson et le saxophoniste Charlie Parker qu'il nomma. " le King Charles ". Jean-Michel Basquiat reste sinon une légende, du moins une figure emblématique des années 1980. Il aurait eu 50 ans cette année.

Jean-Michel Basquiat_Tsheng Kwong Chi, 1987_New York_USA
Jean-Michel Basquiat_Tsheng Kwong Chi, 1987_New York_USA


Quelques œuvres majeures :

Cadillac Moon (1981, coll. part.)
Crowns (1981, coll. part.)
Six Crimee (1982, Los Angeles, Museum of Contemporary Art)
Baptism (1982, coll. part.)
50c Piece (1982-1983, coll. part.)
Sienna (1984, coll. part.)
Because it Hurts the Lungs (1986, coll. part.)


Jean-Michel Basquiat, Obnoxious Liberals, 1982_New York_USA
Jean-Michel Basquiat, Obnoxious Liberals, 1982_New York_USA