Ieoh Ming Pei : Architecte d’exception. Mort à 102 ans
Ieoh Ming Pei
Architecte d’exception. Mort à 102 ans
F.C. + PCF, le 18 mai 2019
Verre, acier, béton et... Pyramide du Louvre restent les mots clés des créations de l'architecte Ieoh Ming Pei. L’architecte sino-américain est né à Canton en 1917. Il a passé sa jeunesse à Hong Kong, où son père dirigeait la Banque de Chine, puis à Shanghai, au moment du plein développement économique et commercial de la ville. En 1935, il rejoint l’université de Pennsylvanie puis le M.I.T. de Chicago, dont il est diplômé en 1940. Retenu par la guerre mondiale, il collabore à la défense nationale des États-Unis, en analysant, à des fins militaires, les villes japonaises et leur construction, ce qui lui vaut en 1954 la citoyenneté américaine. Élève à la Harvard Graduate School of Design, où professaient Gropius et Breuer, il fait partie de cette génération d’architectes modernistes américains formée par les maîtres européens de l’avant-guerre.

Ieoh Ming Pei/Bank of China Hong Kong_PCFP
Ieoh Ming Pei/Bank of China Hong Kong_PCFP


À partir de 1948, il mène différentes études urbaines pour le cabinet de promotion Webb and Knapp, y acquérant sens du travail en équipe, réalisme, respect des contingences techniques et financières. Il étudie ainsi le Mile High Center de Denver (1955), la restructuration du centre de Montréal en construisant, au-dessus d’une ancienne gare de triage, Place Ville-Marie, à la fois gratte-ciel cruciforme et complexe piétonnier à plusieurs niveaux, qui compte parmi les grands modèles de l’urbanisme occidental de l’après-guerre (1961). Enfin, il aménage le quartier de Society Hill à Philadelphie, pour lequel il organise un ensemble de maisons disposées autour de placettes et un groupe de trois tours de trente étages (1964). Appuyés sur une analyse précise des problèmes à résoudre, respectueux des tissus urbains, ces projets se caractérisent par la simplicité et la cohérence de leur parti.

Ieoh Ming Pei/Louvre, Paris_© www.jeanrond-photo.com
Ieoh Ming Pei/Louvre, Paris_© www.jeanrond-photo.com


Ieoh Ming Pei/Deutsches Historisches Museum_PCFP
Ieoh Ming Pei/Deutsches Historisches Museum_PCFP


En 1962, il quitte Webb and Knapp ; il avait dès 1958 créé la firme Pei and Associates, qui devint Pei and Partners en 1966 et compta à certains moments près de trois cents employés, dont plusieurs dizaines d’architectes. Il pratique alors une manière sèche et nette, inspirée du purisme de Mies van der Rohe, sensible dans sa transparente maison de week-end de la région de Westchester (1952). Ses tours de Kips Bay Plaza à New York (1960 et 1965), influencées par le célèbre Lake Shore Drive de Mies mais où le béton armé remplace le métal, constituèrent le prototype d’une série de réalisations d’expression sobre, qu’on retrouve à Society Hill, dans le grand ensemble de New York University (1966), au Earth Sciences Center du M.I.T. (1964) ou, à un moindre degré, aux Harbor Towers du port de Boston (1973).

Ieoh Ming Pei/Pyramide du Louvre, Paris © www.jeanrond-photo.com
Ieoh Ming Pei/Pyramide du Louvre, Paris © www.jeanrond-photo.com


Puis il s’oriente vers la plasticité plus généreuse de Le Corbusier, étudie l’œuvre d’Aalto et celle de Kahn, s’évadant quelque peu d’une orthogonalité qui l’avait généralement tenu dans son carcan. Les musées qu’il bâtit alors à Syracuse (Everson Museum of Art, 1964), à Des Moines dans l’Iowa (1968), à la Cornell University d’Ithaca (1973), furent pour lui l’occasion d’expérimenter des volumes à la géométrie forte et pure, avec de grandes surfaces aveugles, des porte-à-faux, une décomposition sculpturale des masses et un usage contrôlé du rythme et de la proportion des percements. Le centre des recherches atmosphériques de Boulder, dans les montagnes Rocheuses du Colorado (1967), regroupe des volumes scandés, asymétriques, dans un site superbe où l’ombre et la lumière se disputent les grandes surfaces de béton rose. Auteur à la fin des années 1960 du terminal Kennedy de New York et d’une tour de contrôle pentagonale qui sera répétée sur vingt-cinq ou trente autres aéroports, Pei poursuit sa quête d’expressivité plastique dans l’ensemble du Christian Science Center de Boston (1975) et dans la haute façade oblique de l’hôtel de ville de Dallas (1977). Au tournant des années 1980, deux édifices ont assis sa réputation : la bibliothèque-mémorial Kennedy de Dorchester, en face de Boston, où un prisme triangulaire pénètre un cube de verre sombre, et l’aile est de la National Gallery de Washington, dont le parti architectural, la rencontre de deux triangles autour d’un immense hall sous verrières – monolithique et ouvert, massif et splendide de finesse – est d’une impeccable maîtrise.

Ieoh Ming Pei/spiral staircase, The Louvre, Paris_VD.
Ieoh Ming Pei/spiral staircase, The Louvre, Paris_VD.


Ieoh Ming Pei/Museum of Islamic Art_PCFP.
Ieoh Ming Pei/Museum of Islamic Art_PCFP.


La construction, à une centaine de kilomètres de Pékin, de l’hôtel de la Colline parfumée (1982) lui permet un retour en Chine qui connaîtra un développement spectaculaire avec l’érection à Hong Kong d’un gratte-ciel cristallin de soixante-dix étages pour la Bank of China de la République populaire (1990). Car les tours de bureaux sont l’une des spécialités de l’agence Pei and Partners. Parmi les plus célèbres, la John Hancock de Boston (1972), haut rhomboïde aux parois lisses revêtues de miroirs bleutés, tendus jusqu’au sol. Il faut encore citer la tour Texas Commerce de Houston (1982), le centre de congrès et d’expositions de New York (Convention Center), gigantesque boîte de verre portée par une résille de charpentes tridimentionnelles en acier, et trois gratte-ciel à Singapour : ceux de l’Oversea Chinese Banking Corporation (1976), de Raffles City (1986) et du Gateway (1991).

Ieoh Ming Pei/Museum of Islamic Art_PCFP.
Ieoh Ming Pei/Museum of Islamic Art_PCFP.


En France, Pei avait donné en 1972 une proposition de tours jumelles pour l’axe de la Défense. Appelé comme consultant pour le projet d’exposition universelle en 1989, il fut invité par François Mitterrand à étudier l’aménagement du Grand Louvre, qui aboutit notamment à la célèbre pyramide de verre qu’il dressa dans la cour Napoléon (1989) . Il construisit parallèlement l’auditorium de Dallas, aux beaux effets de verrières (1989), puis le chaotique musée du Rock and Roll de Cleveland (1995) et a engagé divers projets de musée pour Shiga, au Japon, Athènes et Luxembourg. Homme rompu à la négociation, habile à maîtriser les problèmes complexes pour aboutir aux solutions les plus épurées, Ieoh Ming Pei est le type même du grand architecte contemporain de style international. Ses œuvres portent l’empreinte de cette sûreté professionnelle, souvent éclairée d’une discrète expressivité.

Ieoh Ming Pei/Place Ville Marie, Montréal, Canada_PCFP
Ieoh Ming Pei/Place Ville Marie, Montréal, Canada_PCFP


Ieoh Ming Pei/Deutsches Historisches Museum_PCFP
Ieoh Ming Pei/Deutsches Historisches Museum_PCFP


Ieoh Ming Pei/Portrait_PCFP
Ieoh Ming Pei/Portrait_PCFP


Tout au long de sa carrière, Ieoh Ming Pei intègre les plus illustres académies (il est élu membre de l'Académie américaine des Arts et Lettres, la Société américaine de Philosophie, l'Académie internationale d'Architecture, l’Académie des Beaux-arts de France au fauteuil de Gabriel Ollivier…). En 1983, l’architecte sino-américain reçoit le Prix Pritzker, la plus prestigieuse récompense dans le domaine de l’architecture. Le jury ne tarit alors pas d’éloges à son égard : « Les constructions de Ieoh Ming Pei comptent parmi les plus belles et importantes de ce siècle. » Aujourd'hui âgé de 92 ans, Ieoh Ming Pei vient de mettre le point final au Musée d'art islamique de Doha, au Qatar, dont l'inauguration eût lieu le 22  novembre dernier. Ce sera sans doute sa dernière grande réalisation.

Ieoh Ming Pei/Louvre, Paris_© www.jeanrond-photo.com
Ieoh Ming Pei/Louvre, Paris_© www.jeanrond-photo.com


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