David Adjaye : Afrique + Urbanicités
David Adjaye
Afrique + Urbanicités
C.S. + E.D., le 28 septembre 2015
L'INTERVIEW QUE NOUS AIMONS

L’un des architectes les plus importants et appréciés de sa génération, David Adjaye a délaissé ses tables à dessins pour photographier et documenter les principales villes en Afrique - dans le cadre d'un projet personnel -. Ses photographies font partie d’un projet de recherche pour étudier de nouveaux modèles d’urbanisme et ont été réalisées dans l’intention de photographier et documenter les caractéristiques marquantes de l’ensemble urbain et, si possible suburbain, sans prétendre fournir une documentation exhaustive de chaque lieu – l’environnement du bâti en Afrique.


Urban Africa - A Photographic Journey by David Adjaye Credit image David Adjaye
Urban Africa - A Photographic Journey by David Adjaye Credit image David Adjaye


David Adjaye a photographié les principales caractéristiques des villes africaines, incluant les lotissements en banlieue, les développements non officiels et les paysages urbains. Pour la première fois, ces photographies révèlent les villes elles-mêmes et examinent les bâtiments et les lieux qui ont une résonance particulière - avec les préoccupations de David Adjaye en tant qu’architecte -. Les photographies sont présentées comme une série de projections directes à grande échelle, sur fond de rythmes africains spécialement composés par Pater Adjaye. Les images et la musique inondent la galerie, créant une riche diversité sonore et visuelle de l'architecture, la culture et le paysage urbain africain.

Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Bamako, Mali.
Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Bamako, Mali.


Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Bamako
Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Bamako


Urban Africa - David Adjaye's photographic journey David Adjaye_Addis-Abeba
Urban Africa - David Adjaye's photographic journey David Adjaye_Addis-Abeba


Souvent considéré et présenté comme un continent sous-développé, pauvre, en guerre et uniquement tourné vers le tourisme, David Adjaye veut et présente - par ce parcours - l'Afrique sous un jour/angle différent. Cette enquête détaillée révèle un instantané unique de la vie dans l'Afrique d'aujourd'hui, en documentant la nature de la vie urbaine dans un pays en développement, une étude géo-culturelle unique de profilage de la ville africaine dans un contexte de mondialisation.

Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Nouakchott, Mauritania
Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Nouakchott, Mauritania


À travers ses photos, Adjaye a touché l’essence même du développement urbain des villes comme Kigali, la capitale du Rwanda, montrant les traces de son passé colonial, Tripoli en Libye, très envahie par une nouvelle énergie, les bidonvilles à la périphérie des nouvelles villes comme Abuja au Nigeria et les traces de l'apartheid encore présents dans la ville de Pretoria en Afrique du Sud.

Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Nouakchott, Mauritania
Urban Africa - David Adjaye's photographic journey_David Adjaye_Nouakchott, Mauritania


David Adjaye/W.P..
David Adjaye/W.P..


Bio_Express

Né (en 1966) à Dar-Es-Salam, en Tanzanie, David Adjaye s’est installé à Londres en 1979. Diplômé du Royal College of Art en 1993, Adjaye est formé par David Chipperfield Architects et Eduardo Souto de Moura Architects à Porto. Gagnant le RIBA First Prize Bronze Medal en 1993, Adjaye fonde son propre studio Adjaye Associates en 2000 et a été nominé pour le Prix Stirling en 2006 pour le building Idea Store. En Juin 2007, David Adjaye a reçu un OBE pour les services rendus à l'architecture. Et en novembre de la même année, ll reçut un doctorat honorifique pour les arts de l'Université d'East London.Avec un riche corpus de travail intégré, il a récemment remporté le prestigieux contrat pour concevoir le nouveau National Museum of African American History and Culture à Washington DC qui ouvrira ses portes en 2015.


National Museum of African American History and Culture_Freelon Adjaye Bond-SmithGroup
National Museum of African American History and Culture_Freelon Adjaye Bond-SmithGroup


Promenade avec David Adjaye...

EgoDesign Magazine : Comment vous décririez vous ?

David Adjaye : Je déteste ce genre de question… Je ne sais pas comment me décrire, je ne me décris pas.

E.D. : Quel est la philosophie derrière votre travail ?

D.A. : Tenter de mettre à l’épreuve les perceptions sensorielles et tester les préconceptions, tout en imaginant de nouvelles propositions adaptées à notre époque.

E.D. : Quelles sont vos influences, quelles choses ou quelles personnes vous inspirent ?

D.A. : Mes influences sont diverses, mais beaucoup d’entre elles prennent racine dans la culture africaine. Je m’intéresse à l’architecture africaine comme à une sorte d’ADN. J’observe les compositions élémentaires de cette architecture afin d’en tirer les éléments clefs, d’en deviner l’essence. Ces compositions sont pour moi des sortes d’aide-mémoire. Je m’inspire également de la sculpture et des textiles africains. La musique est aussi très importante pour moi, j’en tire beaucoup d’inspiration. Ce qui me rend différent des autres architectes ce n’est pas tant ma culture africaine, mais plutôt le fait que, pour moi, l’aspect psychologique des choses est très important. Je ne crois pas en la suprématie de la fonction. Je crois que l’aspect émotionnel d’une construction est plus important. Il y a une direction très claire à travers tous mes projets et c’est certainement pourquoi les gens affirment que mon travail est différent.


Kvadrat showroom by Peter Saville and David Adjaye.
Kvadrat showroom by Peter Saville and David Adjaye.


E.D. : Comment expliqueriez-vous (à des gamins par exemple) ce qu’est l’architecture ?

D.A. : Je dirais que l’architecture est la peau dans laquelle nous vivons !

E.D. : Quand et comment avez-vous découvert ce qu’était l’architecture ?

D.A. : Lorsque j’étais très jeune, je vivais au Kenya, dans la ville de Nairobi – une de plus modernes villes d’Afrique -. Je vivais donc parmi tous ces nouveaux édifices sans pourtant réaliser véritablement ce qu’était l’architecture. Ce n’est que plus tard, vers la fin de l’adolescence, en allant reconduire à l’école mon frère qui est handicapé, que j’ai commencé à me poser des questions et à m’intéresser à l’effet que pouvait avoir l’architecture dans la vie des gens. Puis, ce genre de préoccupation est resté. Lorsque j’ai terminé l’université, mon projet de thèse traitait justement d’architecture pour les personnes handicapées. Je voulais absolument explorer ce sujet.


Rivington Place, London, UK_Nick Weall.
Rivington Place, London, UK_Nick Weall.


E.D. : Quels sont les artistes que vous admirez le plus ?

D.A. : J’aime certains artistes avant tout pour les thèmes qu’ils explorent. Par exemple, Olafur Eliasson qui est un ami à moi qui fait des recherches fort intéressantes sur les comportements humains; Carsten Höller; David Hammonds, un sculpteur conceptuel qui remet en cause la perception et le sens des choses; Chris Ofili parce qu’il m’a fait redécouvrir la peinture. Je suis davantage intéressé par ce que ces personnes explorent que par leur production.

E.D. : Quelles sont présentement vos marques d’objet préférées et pourquoi?

D.A. : Je ne regarde pas les objets en termes de marques…

E.D. : Selon vous, quelle ville vous ressemble le plus ?

D.A. : J’ai une ville dans ma tête, une ville qui me ressemble. Une ville constituée de fragments de toutes les villes que j’ai visitées. Une ville imaginaire, faites de tranches de tous ces endroits au monde que j’aime. J’ai passé beaucoup de temps à New York, à Séoul, à Berlin et, bien sûr à Londres.

David Adjaye, Monoforms, Type IV - Galilee, 2007_Edition von 10_Albion Gallery, London
David Adjaye, Monoforms, Type IV - Galilee, 2007_Edition von 10_Albion Gallery, London


E.D. : Quel projet architectural rêveriez-vous de réaliser ?

D.A. : Un projet pour les handicapés, quel qu’il soit.

E.D. : Quel est, selon-vous, le meilleur exemple de l’utilisation de la lumière en architecture ?


D.A. : James Turrell, un artiste américain dont le médium de prédilection est la lumière. J’aime particulièrement son œuvre intitulée Rodin Crater.


Whitechapel Idea Store_MC
Whitechapel Idea Store_MC


E.D. : Quel projet architectural n’accepteriez-vous jamais de réaliser ?

D.A. : Pour moi, faire du design c’est ne jamais s’ennuyer. Je n’aime pas trop répéter les mêmes projets. Il est vrai que j’ai réalisé deux Idea Store à Londres, mais les programmes de ces deux bâtiments sont toutefois très différents.

E.D. : Dernière question. Quel est, selon vous, la plus belle ville d’Afrique? Et le plus beau bâtiment construit en Afrique ?

D.A. : J’adore l’architecture de Lalibela, une ancienne cité monastique d’Éthiopie. Puis, j’aime aussi beaucoup la ville de Nairobi et ses constructions modernes entièrement faites de béton à travers lesquels j’ai grandi.

www.adjaye.com