Oasis urbaines : Espaces intemporels
Oasis urbaines
Espaces intemporels
Delphine Bailly, le 14 février 2007
En Amérique du Nord, toute ville semble devoir posséder un parc inscrit en son cœur. Le parc du Mont-Royal à Montréal et Central Park à New York constituent deux exemples d’espaces verts urbains prestigieux aujourd’hui considérés comme les attributs caractéristiques de ces deux métropoles.

On n’a qu’à imaginer Montréal sans «La montagne» et on mesure aussitôt l’importance de cet élément topographique et paysager à partir duquel s’organise notre compréhension sensible de la ville. Point de repère sur l’horizon, il fixe la hauteur de nos ambitions en matière d’architecture urbaine et déplace les perpendiculaires des voies de circulation au profit de chemins buissonniers. Indissociable par ailleurs du rapport à l’espace et au temps qu’entretiennent les Montréalais, le parc offre au baladeur de pénétrer dans un espace de nature préservé ou de venir se récréer selon les saisons.

De la même manière, Central Park présente l’apparence d’un îlot de nature niché au milieu du canevas serré du patrimoine urbain et constitue un attrait évident pour les New-Yorkais. On s’y détend, on y pratique un sport, on vient y admirer une installation, y écouter un concert… Vingt millions de visiteurs par an désignent finalement ce lieu comme une des destinations touristiques majeures de Manhattan.

Central Park, New York - NYC. gov. Parks
Central Park, New York - NYC. gov. Parks


Dans chacun des cas, les villes présentent une manière commune d’intégrer l’élément naturel dans le tissu urbain, d’assurer l’équilibre de la vie citadine. Elles partagent en fait un même héritage, issu du mouvement des parcs urbains de la deuxième moitié du XIXe siècle, en Amérique du nord, né à l’occasion d’une réforme urbaine à la suite du développement sans précédent de l’industrie et du commerce.

Précurseur d’un urbanisme social et démocratique, l’Américain Frederick Law Olmsted (1822-1903) fut à l’origine de la création de nombreux parcs centraux et est considéré comme le fondateur de l’architecture paysagiste. Il acquit une importante renommée comme planificateur environnemental en remportant le concours du Central Park de New York et, par la suite, il n’eut de cesse d’élaborer sa vision de la planification et de la conception paysagistes, rapidement adoptée sur l’ensemble du continent.

Frederick Law Olmsted
Frederick Law Olmsted


Central Park, New York
Central Park, New York


En 1857, son plan du Central Park comportait les trois éléments caractéristiques qui firent sa renommée et qui furent intégrés, une quinzaine d’années plus tard, dans le parc du Mont-Royal. Boisés, prés et plans d’eau visaient alors à intégrer la nature à la ville, devenue rapidement anarchique et surpeuplée, et constituaient les incontournables de l’espace paysager de l’époque, conçu pour permettre la pratique de loisirs et la redécouverte de la nature.Les bois formaient dans chacun de ces  havres une partie «pittoresque» valorisant les aspects naturels des lieux et rehaussant la personnalité du site. Parallèlement, des zones «pastorales» cherchaient à évoquer les grandes plaines gazonnées d’Angleterre et à procurer le calme et l’évasion. Enfin, des plans d’eau, des fontaines ou des belvédères composaient des espaces «formels»susceptibles de devenir des lieux de rassemblement. L’ensemble ne manquait pas d’être relié par des voies de circulation ayant des usages distincts et assurant la sécurité des usagers.

Cet aspect naturel des aménagements imaginés par Olmsted sera particulièrement manifeste dans le cas du parc du Mont-Royal, créé en 1874, qui, à ce titre, fait figure de réussite incontestable. En tout temps soucieux du choix d’un site approprié, de la conception d’un tracé et d’un entretien du lieu permanent, l’architecte de paysages aborda La Montagne avec une sagesse véritablement visionnaire. Opposé à un accès direct et rapide vers les points de vue spectaculaires du lieu, il proposa notamment, à partir d’une étude prototype de la structure écologique duparc, de relier les différentes unités le long d’un chemin central adoptant la topographie naturelle de la montagne. C’est cette ascension graduelle, prudemment calculée par son concepteur, qui permet aux visiteurs que nous sommes de saisir l’essence de ce paysage unique plus d’un siècle plus tard, apportant la preuve de l’intemporalité de l’architecture paysagère.

www.lemontroyal.qc.ca
www.centralpark.com