Patrick Martinez : Tout ce que vous devriez savoir sur Patrick Martinez en 20 questions…
Patrick Martinez
Tout ce que vous devriez savoir sur Patrick Martinez en 20 questions…
Zanoah Bia + Dorinda Bixler, le 9 août 2010
Portrait_Express

Patrick Martinez est né et a grandi en France. Après des études à l’école des Beaux Arts de Besançon puis de Grenoble, il obtient une bourse de l’Institut des hautes études en arts plastiques à Paris où il résidera quelques années. En 1997, il est lauréat d’un programme de résidence d’artistes et travaille deux ans au Japon. L’ intérêt qu’il trouve dans cette mise en perspective de sa culture d’origine lui donne envie de continuer le voyage et il décide de s’installer à New York en 2001. Il partage désormais son temps entre la France et les Etats-Unis. Le travail de Patrick Martinez explore des champs et des moyens d’expression aussi divers que le dessin, la vidéo, la sculpture, les installations, le son ou le design… Dans sa pratique, il interroge la relation entre le contexte de production et de présentation des oeuvres, au travers des notions de processus, d’action, de déplacement, d’adaptation et de résistance. Il expérimente également des procédés conduisant au brouillage des perceptions. À ce jour, son travail a été présenté dans de nombreuses manifestations et expositions en Europe ainsi qu’au Brésil, au Japon et aux Etats-unis.

Patrick Martinez a fondé récemment le bureau de design Blank Bubble qui s’intéresse aussi bien à la création d’objets, de motifs graphiques, qu’à la construction d’environnements et de projets architecturaux.

Patrick Martinez/white Soup Bowl, 1995
Patrick Martinez/white Soup Bowl, 1995


Un tour à New York avec Patrick Martinez...

EgoDesign Magazine. : Qui êtes-vous ? Comment vous décririez-vous?


Patrick Martinez : Je suis né en France et je vis à l’étranger depuis une douzaine d’années. Après le Japon, je me suis installé à New York. Je suis artiste. Mes projets se développent sous la forme de dessins, de vidéos et d’installations, notamment sonores. Mon intérêt pour le design a toujours été étroitement lié à ma pratique artistique et découle à l’origine d’une interrogation sur le statut et les modes de diffusion des œuvres...  

J’ai un intérêt particulier pour les notions de mobilité, de décentrement, de point de vue, et un goût pour le paradoxe, le décalage, les fausses symétries, la mise en abîme. Cela se retrouve à différents niveaux de ma pratique.

Patrick Martinez/Bubbling green_E.Frossard
Patrick Martinez/Bubbling green_E.Frossard


E.D. : Décrivez-nous un peu plus Blank Bubble, Tree House Projects et Click ?

P.M. : Bien que cette idée m’occupe depuis de nombreuses années, j’ai créé récemment le bureau de Design Blank Bubble dans le souci de préserver une certaine forme d’indépendance quant à la recherche et la création d’objets ou de situations. Ces objets sont destinés à être diffusés selon des circuits de distribution spécifiques, correspondant à la nature de chaque projet. Blank Bubble a aussi pour vocation de permettre la production d’installations en vue d’expositions dans des lieux tels que les galeries, les centre d’art ou les musées.


Click by Patrick Martinez
Click by Patrick Martinez


Le premier objet  que je souhaitais diffuser à l’occasion du lancement de Blank Bubble est un « non-objet » puisqu’il s’agit de Click, une lampe immatérielle téléchargeable. Une sorte de déclaration d’intention, de décalage ironique qui pose la question de la production et de la nécessité ou non de fabriquer certains objets.

Le projet de maisons - Tree House Projects - dans les arbres correspond à un désir plus général de concevoir des espaces de vie de dimensions réduites et adaptées à des besoins spécifiques : se reposer, travailler, manger, jouer, inventer…

L’un des éléments essentiels étant l’idée que les fondations dont dépendent ces constructions n’est plus le sol, l’élément minéral que l’on assimile habituellement à l’idée de stabilité, mais l’arbre, un organisme vivant, dont on est obligé de tenir compte et qui suppose une certaine forme de responsabilité. Et puis, il y a le frisson de l’élévation…

Patrick Martinez/Semolina storm - Tempête de semoule
Patrick Martinez/Semolina storm - Tempête de semoule


Je souhaiterais développer des projets relativement simples dans leur exécution comme ces cabanes ouvertes mais aussi d’autres, plus élaborés, de véritables unités d’habitation autonomes et confortables générant l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.

E.D. : Quelle est votre philosophie (pour Blank Bubble) de création?


P.M. : À l’image du logo qui représente la marque, Blank Bubble est une bulle de pensée vide, aussi bien qu’un réservoir potentiel d’idées de tous ordres, explorant les territoires les plus variés. Blank Bubble est marqué notamment par un intérêt pour la dématérialisation, les objets à tendance méditative proposant des expériences sensorielles, et l’idée que, plus que jamais, l’on peut et l’on doit faire le plus avec le moins.

E.D. : Quelles sont vos influences, vos inspirations ?

P.M. : Il serait difficile ici d’en faire une liste car elles sont multiples et se renouvellent en permanence. J‘aime les œuvres, les créations de l’esprit, qu’elles viennent d’écrivains, de cinéastes, d’artistes, de designers ou d’architectes. Davantage que d’inspiration, je préfère parler de mon énergie de travail, que je tire souvent de l’effervescence des grandes villes et de la musique.


Patrick Martinez/ClickLamp, 2009
Patrick Martinez/ClickLamp, 2009


E.D. : Selon vous, qu’est-ce que le design ?

P.M. : Le design m’intéresse, comme l’art, dans la mesure où il résiste à toute forme de catégorisation et qu’il a la capacité de se réinventer et d’être là où on ne l’attend pas. Cependant, je le vois parfois comme un intermédiaire qui nous renseigne sur la multiplicité de nos rapports au monde.

E.D.  quels sont vos matériaux de prédilection en design? et pourquoi ?

P.M. : A travers l’expérimentation, chaque matériau génère l’invention de ses usages, c’est pourquoi je n’ai jamais souhaité me limiter à une seule pratique ni à l’usage d’un matériau en particulier. Dans le cadre d’une production industrielle, il est cependant fondamental de se préoccuper des impacts sociaux, sanitaires et environnementaux liés à leur utilisation. Dans ces conditions, la question est donc plutôt de savoir quel matériau il ne faut pas utiliser.


Patrick Martinez/Raft Lamp
Patrick Martinez/Raft Lamp


E.D. : Que représente le mot écologie pour vous ?

P.M. : Des relations d’interdépendance indéniables entre tous les êtres vivants et leur milieu. Au niveau humain, l’obligation de prendre en compte cette donnée, tant d’un point de vue individuel que général, c’est à dire politique.

E.D. : Et le chic selon vous c’est… ?

P.M.: Une forme d’élégance, de légèreté naturelle, où la trace de l’effort n’apparaît jamais.

E.D. : Un designer, artiste ou architecte que vous admirez particulièrement ?

P.M. : Ettore Sottsass, pour sa liberté d’invention formelle et son mépris des conventions. Mais je pourrais citer aussi, pour d’autres raisons, Mies van der Rohe, Sol Lewitt, Bruce Nauman, Richard Buckminster Fuller et bien d’autres…

Patrick Martinez/Tree House1 by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt
Patrick Martinez/Tree House1 by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt


E.D. : Quels objets fétiches ou marques préférez-vous et pourquoi?

P.M. : Je m’intéresse aux objets véhicules, ceux qui ont une substance, quelque chose d‘intangible qui transcende leur aspect formel. Les livres, les disques, les lampes notamment.   

E.D. : Quelle ville vous ressemble le plus et pourquoi?


P.M. : Je me ressource dans les grandes villes qui conservent une dimension humaine, où il est possible de modeler le temps et l’espace à sa convenance, où l’on peut s’isoler à l’intérieur de la foule et marcher pendant des heures sans que le niveau de densité urbaine ne faiblisse. Tokyo est une ville exemplaire pour cela, ou bien New York.

Patrick Martinez/Tree House1 by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt_New York
Patrick Martinez/Tree House1 by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt_New York


E.D. :  Votre projet de rêve ?

P.M. : Je laisserai le rêve là ou il s’exprime le mieux, à savoir dans son caractère irréel et irréalisable et prendrai votre question au sens littéral. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de certains travaux d’architectes que de n’avoir jamais été réalisés. Je pense notamment à certains projets de Claude Nicolas Ledoux ou, plus près de nous à la totalité de ceux d’Archigram. Ainsi, j’aime imaginer comme Yves Klein une architecture d’air, invisible et transparente, qui permettrait, en modulant la pression de l’air, de nous protéger des intempéries, comme un toit, des murs, ou de remplir la fonction de fauteuil ou de lit par exemple. Une réminiscence des champs de force des vieux films de science fiction, sans doute…

Sinon, dans le champ du possible, réaliser un ensemble significatif de maisons dans les arbres me plairait beaucoup.

E.D. : Selon vous, Quelle serait la meilleure utilisation des produits écologiques en design ?

P.M. : Parvenir à nous amener à réduire nos besoins en produits.


Patrick Martinez/Tree House1 by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt)Blank Bubble
Patrick Martinez/Tree House1 by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt)Blank Bubble


E.D. : Quels objets, accessoires que vous ne concevriez point et pourquoi ?

P.M. : Tous ceux qui vont dans le sens de la surenchère, comme un étui à banane par exemple.

E.D. : Qu’espérez-vous que votre travail actuel apporte aux gens ? à l’humanité ?

P.M. : Je me contente de concevoir des choses avec le plus de rigueur et de soin possible, mais je me garde de prévoir la façon dont les gens vont les recevoir et les interpréter. L’expérience qu’ils en font est individuelle, personnelle, et ne m’appartient pas. De plus je me méfie de l’universalisme de lors qu’il suppose aussi une uniformisation des comportements.


Patrick Martinez/Tree HouseOne by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt
Patrick Martinez/Tree HouseOne by Patrick Martinez & Thomas Gerhardt


E.D. : Quelle invention rendrait votre vie meilleure ?

P.M. : À bien des égards, la téléportation. Pourtant je tiens aussi au temps et à la lenteur du voyage.

E.D. Y a t-il une grande évolution/différence entre vos premières réalisations et votre travail actuel ?


P.M. :
Formellement, chaque œuvre est différente, mais je m’aperçois que mes préoccupations et les idées qui sous-tendent ma pratique sont récurrentes. C’est comme essayer de dire la même chose de toutes les manières possibles. Finalement, on n’a peut-être qu’une seule idée dans la vie, pas toujours clairement identifiée, et l’on passe son temps à essayer de la formuler. Dans le meilleur des cas, on finit par savoir de quoi l’on voulait parler.


Patrick Martinez/Tree House2 by Patrick Matinez and Thomas Gerhardt_Blank Bubble.
Patrick Martinez/Tree House2 by Patrick Matinez and Thomas Gerhardt_Blank Bubble.


E.D. :  Vous ne pourriez pas vivre sans ?

P.M. : Manger, boire et dormir.

E.D. : Dernière question. Quels designers, architectes, artistes contemporains inviteriez-vous à dîner chez vous ?

P.M. : Ce serait un dîner entre amis, artistes pour la plupart, il y aurait notamment, Ingrid Luche, Jacques Julien, Hugues Reip, Michel Blazy, Gilles Clément, Cyrille Martin et quelques amis de ces derniers que je ne connais pas encore…

www.patrickmartinez.net