Sylvain Dubuisson : Ôte-toi de mon soleil
Sylvain Dubuisson
Ôte-toi de mon soleil
Yves Gradelet + Pauline Lacoste, le 28 septembre 2009
Fidèle à son approche à la fois poétique, philosophique et technique, Sylvain Dubuisson propose une exposition de 20 pièces dont la scénographie s’articule autour d’une pièce architecturale : Diogène. Cette structure cylindrique monumentale de 5 mètres de diamètre qui semble flotter dans l’espace a été conçue pour la circonstance avec, comme première intention, celle de s’inscrire dans l’architecture du VIA, créant ainsi cette impression de volume dans un volume. Diogène est une fiction, une utopie, qui répond à la nécessité réelle et actuelle de devoir vivre dans des espaces aux dimensions réduites. Cette question est l’une des préoccupations des programmes de recherche du VIA. De l’extérieur, cette coquille enveloppée d’une peau translucide suggère certes l’image du tonneau mais également le décor d’un théâtre. On pénètre directement au premier niveau par des passerelles de bateau, le niveau inférieur consacré au repos étant accessible par une trappe intégrée dans le plancher du premier étage.


Dubuisson-bureau89© correspond au bureau 89
Dubuisson-bureau89© correspond au bureau 89


L’organisation minutieuse de l’aménagement intérieur de Diogène doit être appréciée dans un contexte d’espace de vie minimal et par delà la valeur esthétique. Dès lors tout en répondant aux normes en matière de sécurité, d’hygiène, de préservation de l’environnement…, Sylvain Dubuisson propose une vision alternative des modes de vie qui précisément transgressent les cadres normatifs. Ainsi, la chambre, ou plutôt le lit, qui occupe le deuxième niveau (accessible par un escalier inséré dans une colonne), se métamorphose, s’agrandit et se referme comme une coquille permettant à chacun de s’adosser : le lit devient alors espace de réception.

Dubuisson_chaise CP© correspond à la chaise empilable CP
Dubuisson_chaise CP© correspond à la chaise empilable CP


Quelque soit le contexte spatial, tout est donc utilisable dans une fonctionnalité équivoque, « tout est ensemble sans que l’un gêne l’autre »… Structure et mobilier se confondent. Diogène permet également d’expérimenter des positions de détente au sol, la courbe basse du cylindre induisant de recourir à des accessoires de confort à la fois souples pour supporter les déformations et rigides pour tenir la posture corporelle dans sa nonchalance. Diogène constitue ainsi, en tant qu’espace expérimental, un véritable cabinet de curiosités.

Dubuisson_Diogène 04©  correspond à une vue de l’installation Diogène, vu de profil, depuis sa gauche
Dubuisson_Diogène 04© correspond à une vue de l’installation Diogène, vu de profil, depuis sa gauche


Sur les 300 mètres carrés d’exposition du VIA, d’autres pièces seront mises en valeur sur fond de dessins d’une grande éloquence qui, pour Sylvain Dubuisson, sont « un langage… mais aussi sectorisent la représentation, la codifient… »

Parmi ces pièces, figurent des pièces historiques comme «la table composite » (1987), à base de fibre de carbone, un miracle d’apesanteur, ou comme la chaise « L’Aube et le temps qu’elle dure » (1987) qui bouscule le schéma classique des pieds porteurs. Parmi les pièces les plus récentes, citons la table « Douce amère » (2003) dont le nom est gravé au centre du plateau, lequel repose sur des pieds ronds contenant des fioles de plantes légendaires comme la mandragore, la cigüe, la belladone et l’amanite tuemouche. Quant au bureau «MDW», qui date de 2004, dont le mince plateau en aluminium repose en quatre points sur une structure à caissons en voûte surbaissée, il synthétise l’ensemble des recherches formelles et technologiques menées par Sylvain Dubuisson depuis 1987.


Dubuisson_Porte vue Education nationale© correspond au porte-revue lumineux, issue de la collection Education nationale.
Dubuisson_Porte vue Education nationale© correspond au porte-revue lumineux, issue de la collection Education nationale.


Sylvain Dubuisson, architecte et designer

Architecte et designer, Sylvain Dubuisson n’appartient à aucune école ou famille de créateurs. Diplômé de
l’Ecole d’architecture de Tournai en Belgique, descendant d’une lignée d’architectes lillois par son père et bordelais par sa mère, Sylvain Dubuisson, né en 1946, est l’un des créateurs les plus singuliers de sa génération. Alliant le goût des technologies de pointe et la précision de l’artisan, il est l’auteur d’une grande diversité d’objets et de meubles ainsi que d’espaces : de l’aiguière au lampadaire, du fauteuil de ministre au siège épiscopal, du stylo porteur de l’écriture de Rimbaud à la vaisselle de porcelaine virginale, de la réhabilitation de logements sociaux à l’aménagement d’un musée, d’une église, de boutiques de luxe, de la scénographie d’une exposition à la création de mobilier urbain… Cette diversité démontre aussi que architecture et design sont chez Sylvain Dubuisson indissociables.

Le dessin qui préside dans chacun de ses projets fait également partie du quotidien de Sylvain Dubuisson.
« La main pense et porte en elle, dit-il, toute la grandeur et l’imperfection de la sensibilité ». On voit ainsi apparaître la spirale dans les pieds des fauteuils, la torsade des bougeoirs et des carafes, la volute d’un escalier. Une autre constante de son oeuvre est la référence littéraire. Chacune de ses lampes est ainsi chargée d’une parole, d’une pensée : «Beaucoup de bruit pour rien » recèle un inventaire de Kafka, « Applique A4 » donne à lire notamment un poème de Robert Musil. Il en est de même pour le vase « Lettera amorosa », gravé d’un poème de René Char.

Maîtrisant parfaitement les contraintes industrielles, Sylvain Dubuisson explore toutes les possibilités des nouvelles technologies. « Le matériau permet, souligne t-il, de révéler l’intériorité, de provoquer le basculement. » A ce titre, « La Table composite », réalisée en 1987, en est l’un des premiers et des plus parfaits exemples. Ainsi, à travers une oeuvre où matériel et spirituel s’unissent, Sylvain Dubuisson transmet « un discours parfois clair, parfois ténu, parfois occulte, qui transcrit la conscience de notre quotidienneté. »

Réalisations les plus récentes

• Rue Watt, Paris, éclairage urbain avec Bruno Fortier, architecte, et Louis Clair, éclairagiste, en cours • Bernardaud, tasse à café «Anno» 2008 + plats série limitée pour Art Meets Matter, New York, 2009
• Dupont Café, Paris, aménagement en collaboration avec Sandra Carigliano, architecte d’intérieur, 2009
• Parlement Européen, Bruxelles, scénographie de l’atrium et aménagement des salons de la Présidence Française, 2008 • Cartier Ginza, Tokyo, rénovation de la façade, 2007

www.via.fr