L’écologie de la valeur d’utilisation : Vitra…
L’écologie de la valeur d’utilisation
Vitra…
W.S., le 2 juillet 2018
Réflexion de la semaine...

Habituellement, les grandes sociétés rendent compte de leur comportement écologique d’une manière peu passionnante pour les foules. Elles s’en acquittent généralement dans le sens d’un manifeste moral conforme aux règles de société en vigueur. Au lieu de la percevoir comme un ensemble de prescriptions imposées de l’extérieur aux objectifs de l’entreprise et avant tout génératrices de coûts, on peut aussi bien considérer la question des conséquences écologiques de la production d’un bien d’équipement comme une partie de sa propre utilité. Ou comme une question de design.


Butterfly Stool par Sori Yanagi, 1954_Vitra
Butterfly Stool par Sori Yanagi, 1954_Vitra


Dans les pays industrialisés, la sensibilité aux questions environnementales s’est développée au début des années quatre-vingts à la suite de catastrophes écologiques et de la croissance exponentielle du volume des déchets pour devenir le consensus social que l’on connaît aujourd’hui. Le début des réflexions à ce sujet chez Vitra est toutefois antérieur à ce revirement; c’est en fait l’esprit de Charles & Ray Eames qui, dès le départ, a influencé la philosophie de l’entreprise. Bien que les termes de pollution de l’environnement et d’écologie ne fassent pas encore partie du vocabulaire de tous les jours, pour les deux créateurs, le design a toujours consisté en la création d’un contexte éthique et social. Ils voulaient permettre au plus grand nombre d’accéder à des objets de grande qualité de la vie quotidienne, au prix le plus bas possible. La production industrielle leur en a fourni les moyens. Ils n’ont, en revanche, jamais accordé une importance à part entière aux questions formelles et à une conception du design qui aurait été le simple emblème d’un type de produits élitiste qui se serait heurté à leur incompréhension. Pour Charles & Ray Eames, l’éthique de la qualité englobait avant tout la durabilité du produit final et l’échange possible des pièces au service de sa durée de vie.

Eames Plastic Armchair DAR by Charles & Ray Eames, 1950_Melanie Hofmann
Eames Plastic Armchair DAR by Charles & Ray Eames, 1950_Melanie Hofmann


Lounge Chair par Charles & Ray Eames, 1956_Lena Amuat.
Lounge Chair par Charles & Ray Eames, 1956_Lena Amuat.


C’était une première: jamais auparavant on n’avait vu des meubles modulaires comme les sièges et les fauteuils du Plastic Group, dont le génie de la structure résidait dans l’interface ouverte entre les différents piètements et coques. Tous les meubles de Vitra de cette époque en témoignent: l’effort le plus important pour éviter la production de déchets réside dans la fabrication de produits à la résistance exceptionnelle, une résistance tant physique qu’esthétique. Le Lounge Chair, devenu l’archétype de l’époque moderne, en est le meilleur exemple. Un film publicitaire tourné par le couple de créateurs, pour leur propre plaisir, après l’achèvement du prototype de la première série ne vante pas son esthétique prestigieuse ni même son confort exceptionnel, mais la manière dont il est assemblé. Sous les yeux du spectateur, un homme monte le fauteuil en quelques minutes, en assemblant ses différents éléments, avant de se laisser tomber dans le fauteuil lorsqu’il a fini. Presque un demi-siècle avant la création de la notion de tri sélectif des matériaux, toutes celles de Charles et Ray Eames étaient déjà démontables.

Cone Chair & Cone Stool by Verner Panton, 1958_Isabel Truniger
Cone Chair & Cone Stool by Verner Panton, 1958_Isabel Truniger


Coconut Chair by George Nelson, 1955_Serge Brison
Coconut Chair by George Nelson, 1955_Serge Brison


LCW by Charles & Ray Eames, 1945_Miro Zagnoli
LCW by Charles & Ray Eames, 1945_Miro Zagnoli


La société Vitra est convaincue que la valeur d’utilisation et l’utilité d’un meuble se mesurent bien entendu aussi au fait que, ni sa production, ni son utilisation, ni le traitement des déchets n’occasionnent un dommage quelconque pour l’utilisateur. Tout comme l’esthétique et la fonctionnalité, le rapport à l’environnement fait partie intégrante de l’objet, de l’utilité, du design de celui-ci. Mais dans une entreprise, une conviction ne suffit pas pour garantir que, au cours des milliers d’étapes différentes, la notion des conséquences écologiques existe et exerce un contrôle. C’est pourquoi le groupe de travail «Vitra et l’environnement» a été créé en 1986. Depuis, il s’est transformé pour devenir une structure à part entière de gestion de l’environnement. Les activités de l’entreprise y sont analysées ainsi que les critères de protection de l’environnement. Les audits internes et un contrôle du système par des experts externes représentent une garantie supplémentaire de la poursuite permanente du développement de toutes les mesures.

Park Armchair-Park Swivel Armchair by Jasper Morrison, 2004_Isabel Truniger
Park Armchair-Park Swivel Armchair by Jasper Morrison, 2004_Isabel Truniger


Cité by Jean Prouvé, 1930_Isabel Truniger
Cité by Jean Prouvé, 1930_Isabel Truniger


Ravioli Chair & Ottoman by Greg Lynn, 2005_Isabel Truniger
Ravioli Chair & Ottoman by Greg Lynn, 2005_Isabel Truniger


Éviter les manifestations périssables et éphémères de styles vouées aux montagnes de déchets de l’histoire du goût, tel est le principe de la culture industrielle raisonnable dont se réclame Vitra. Des produits durables, développés avec grand soin dans des matériaux de grande qualité, capables aussi bien d’être réparés que de prendre de la patine et avec une durée de vie esthétique aussi intemporelle que possible, voici l’idéal que poursuit Vitra.

Soft Pad Chair by Charles & Ray Eames, 1969_Vitra
Soft Pad Chair by Charles & Ray Eames, 1969_Vitra


LCW by Charles & Ray Eames, 1945_Jan Bitter
LCW by Charles & Ray Eames, 1945_Jan Bitter


www.vitra.com