Kossi Aguessy : Tout ce que vous devriez savoir sur Kossi Aguessy en 20 questions…
Kossi Aguessy
Tout ce que vous devriez savoir sur Kossi Aguessy en 20 questions…
Z.H.A., le 25 octobre 2018
Bio_Express

Né (en 1977) à Lomé, Togo, pays où le mot design signifie peu pour la majorité de gens, Kossi Aguessy a toujours souhaité construire et créer – des maquettes des pyramides égyptiennes aux machines à échelle réduite. - Sa passion pour l’archéologie et les univers futuristes de Bilal ou Lucas font de lui un perfectionniste à la grande silhouette dans un univers entre arts et ingénierie.


Kossi Aguessy quitte son Togo natal en 1980. Il commence par découvrir les Etats-Unis. Il obiient un B.A. à la Central Saint Martins College de Londres et s’envole ensuite au Brésil – pays natale de sa mère. – Il s’installe à Paris en 1998. Son esthétisme est influencé par le métissage culturel, par une grande sensibilité et par des références visuelles fortes.

Kossi Aguessy/Threesome
Kossi Aguessy/Threesome


C’est bien cette richesse que des galeries d’art et des commanditaires prestigieux tels que Renault, Yves Saint Laurent, Cartier, Swarovski, St. Dupont, Branex recherchent en collaborant avec lui. Qu’il s’agisse de projets architecturaux en France, en Turquie, en Afrique du Sud, de lignes graphiques ou de mobilier... Ce jeune artiste «industriel» - comme il se définit lui-même - semble pouvoir maîtriser nombre de supports et différentes facettes de la création. Passionné, déterminé, ironique, et profondément attaché aux problématiques humanitaires, Kossi Aguessy reste persuadé que «le monde est ce que l’on en fait».

L’enfant d’Afrique qui ne se soucie guère des frontières devient ainsi l’héritier d’une éducation cosmopolite aux racines multiculturelles.

Kossi Aguessy/And Bullet Lamp
Kossi Aguessy/And Bullet Lamp


L’esprit du design onirique

EgoDesign : Qui êtes-vous ? Comment vous décririez-vous?

Kossi Aguessy : Se décrire est un exercice bien sérieux. Si je me voyais simplement en homme, je me décrirais plutôt comme une personne adulte avec une importante part d’enfance dans sa vision du monde. Un homme qui pourrait être aussi facilement un berger en Moldavie que guide de montagne au Népal. Mais avant tout, je suis designer.

E.D. : Décrivez-nous un peu plus Aguessy Industry, Styliquefront ?


K.A. :  Au départ, Styliquefront était une idée, une sorte de collectif qui éditerait des pièces d’artistes venant d’horizons et de disciplines divers, une sorte de commando du style (de vie) réunissant un groupe d’artistes. Cette idée a mûrie trop tôt dans ma tête ; alors pour l’instant je la garde en mémoire. L'on y reviendra. Par ailleurs, Aguessy Industry est une structure qui prend forme et dont vous aurez des nouvelles prochainement. C’est tout ce que je peux en dire pour le moment...

Kossi Aguessy/ONETHING
Kossi Aguessy/ONETHING


E.D. : Quelle est votre philosophie de création?

K.A. : Ma philosophie de création est avant tout une philosophie de vie : d’abord la pensée la plus forte et analytique possible, puis l’action, sans aucune retenue ou crainte, sans frontières. C’est une démarche quasi scientifique du chercheur dans le style : « Il n’y a pas de problème, il y a que des solutions. » Je ne m’arrête pas à des référents existants ou à cette notion du « possible » que l’on à généralement. Imaginez la réponse (10 ans avant) d’un quidam sur la possibilité qu’un être humain puisse mettre les pieds sur la Lune !

E.D. : Quelles sont vos influences, vos inspirations ?


K.A. : La nature et la culture sont la base de ce que je fais. Quand je parle de nature, je parle autant de celle qui nous entoure que celle qui est en nous. Ce que nous sommes, ce qui nous construit. Je suis inspiré par tout et par de simples choses, par des besoins spécifiques que nous avons, par de nouveaux besoins qui se créent, comme par ceux qui nous entourent, parce que je crois autant à la dimension psychologique, sociologique et philosophique d’un objet qu’a sa juste fonction. La musique également est une source d’inspiration. Différents sons de la nature et autres sonorités produits par des instruments m’interpellent aussi.

Kossi Aguessy/Fat Joke
Kossi Aguessy/Fat Joke


E.D. : Selon vous, qu’est-ce que le design ?

K.A. :  Prenez un miroir et regardez-vous dedans. Une conception ultime et très complexe, une esthétique sublime, une utilisation tellement évidente que l’on en oublie même le mécanisme. Le corps humain EST design, et l’on devrait plus souvent s’en inspirer.

E.D. : Quels sont vos pièces maîtresses en design ? Et pourquoi ?

K.A. : Je ne suis pas matérialiste du tout. Les objets sont des vecteurs de la pensée, de la créativité ou de la philosophie des hommes. Plutôt que de m’arrêter à la feuille qu’est un objet, je cherche à atteindre la racine qu’est l’homme derrière cet objet. Je ne suis pas interressé par les pieces “maîtresses” du design, mais plus par ceux qui les ont conçues, développées. C’est bien plus passionnant.

Kossi Aguessy/AZTEK.
Kossi Aguessy/AZTEK.


E.D. : Que présente le mot écologie pour vous ?

K.A. : Une évidence, pas une question, ni une culpabilité ou un phénomène de mode. Nous ne sommes pas spectateurs de l’écosystème de cette planète, NOUS EN FAISONS PARTIE ! Et ne pas en prendre soin ou ne pas nous en soucier équivaut à un suicide collectif. Les débats sur l’écologie ne devraient même pas eavoir lieu et je pense que si demain je lancais un débat avec comme thème : « Mettre le feu à sa maison après s’y être enfermé, bonne ou mauvaise action? » On me traiterait de fou furieux. Une évidence. Eh bien la question de l’écologie me semble aussi bêtement binaire que celle là. Elle est pour moi aussi instinctive que le fait de respirer. Donc l’écologie pour moi, ce n’est ni des conférences ultra médiatisées ni des grands discours, mais des actions à la base, des gestes simples et concrets, une réflexion individuelle dont la somme crée des améliorations tangibles !
 
E.D. : Et le chic selon vous c’est… ?

K.A. : Une démarche, un port, un regard, une attitude, et sûrement pas une question d’apparat.

E.D. : Un designer, artiste ou architecte que vous admirez particulièrement ?

K.A. : Leonardo Da Vinci. Ça vous surprend comme réponse !


Kossi Aguessy/ONETHING
Kossi Aguessy/ONETHING


E.D. : Quels objets fétiches ou marques préférez-vous et pourquoi?

K.A. : Mes Converse All Star, parce que je peux les porter dans une usine poussiéreuse que sur les tapis rouges sans qu’elles aient l’air minables. Mes lunettes Ray Ban Aviator parce que j’ai une vue de taupe et que je suis très sensible à la lumière. Quand au mobilier, autant j’en crée autant je suis dans l’abstraction totale. Mon «siège» préféré est la position du Lotus, assis par terre (Rires.) et chez moi, c’est du less is design qui prime. Moins de mobilier, mieux je me sens.

E.D. : Quelle ville vous ressemble le plus et pourquoi?


K.A. : Il n’y en a pas une mais plusieurs : Cape Town, Rotterdam, Montréal, New York, Londres, Paris, Berlin, Hong-Kong, Sao Paulo, New Dehli, Sydney, Tokyo. Je ne vais pas vous faire la cartographie urbaine mais chacune des ces villes à une énergie, un pouls qui finalement bénéficie au tout. C’est mon constat, alors je dirais que je me sens partout à mon aise… J’ai une culture assez hétéroclite et donc une appréhension immédiate de chacune de ces places. Par ailleurs, un petit espace vert à la campagne, trois arbres et des écureuils me comble aussi...

Kossi Aguessy/Sketch
Kossi Aguessy/Sketch


E.D. : Quelle invention rendrait votre vie  meilleure ?

K.A. :
La téléportation

E.D. :  Votre projet de rêve ?

K.A. : Un désintégrateur/reconstructeur atomique pour la téléportation

E.D. : Selon vous, Quelle serait la meilleure utilisation des produits écologiques en design ?

K.A. : Une utilisation intelligente et déculpabilisée. Penser que le seul fait qu’un produit soit « écologique » va augmenter la consommation massive est une utopie. L’écologie n’est pas un prétexte ou une excuse mais une composante de la génération d’un produit. Si l’on crée un objet de désir en plus d’une utilité avec une réflexion écologique, on crée une plus-value qui devient immédiate et attrayante. Beaucoup trop de producteurs aujourd’hui utilisent l’argument écologique comme seule valeur ajoutée ou comme beaucoup de gens se font étiquetés « écolo » ; Je refuse cette étiquette parce que ce n’est pas un club avec une carte de membership mais juste une réflexion aussi banale que ce que nous sommes, où nous vivons et avec qui nous partageons cet espace/habitat.


Kossi Aguessy/Damn!!!White
Kossi Aguessy/Damn!!!White


E.D. : Quels objets, accessoires que vous ne concevriez point et pourquoi ?

K.A. : La liste est longue. Un seul exemple, on m’a proposé il n’y a pas si longtemps le design d’un bracelet avec un message de sensibilisation pour la protection de notre écosystème. Ce genre de projet est pour moi une hérésie. La meilleure façon de protéger l’écosystème est justement de ne pas produire ce fameux bracelet ! Ce genre d’objet ne m’intéresse aucunement.

E.D. : Qu’espérez-vous que votre travail actuel apporte aux gens ?


K.A. : Au delà d’une utilité, je dirais une petite part de vie, un sourire, un plaisir, un éclat dans le regard. C’est important surtout en ce moment ou l’impression générale est au désespoir. Je crois au possible d’une construction humaine plus belle et juste encore qu’elle ne l’est déjà et si j’arrive à ne partager ne serait ce qu’une parcelle de ce sentiment à travers ce que je fais, j’en serai très heureux.

E.D. Y a t-il une grande évolution/différence entre vos premières réalisations et votre travail actuel ?

K.A. : Bien sûr et je pense que cette évolution et/sera permanente. J’aime aller au bout des choses, améliorer, repousser mes propres limites. Rien de bien original au fond. Nous vivons dans un monde en perpétuelle évolution. C’est une démarche tout bonnement naturelle.

E.D. :  Vous ne pourriez pas vivre sans ?

K.A. : Incontestablement la musique. Devenir aveugle serait acceptable pour moi, d’ailleurs je suis myope comme une taupe, mais ne pas écouter de la musique (même celles de la nature) serait très difficile pour moi. Je n’ose même pas y penser !

E.D. : Dernière question. Quels designers, architectes, artistes contemporains inviteriez-vous à dîner chez vous ?

K.A. : Ce serait plutôt un banquet et non un dîner tellement la liste est longue. Seront invités tous ceux qui accepteraient de se déchausser en entrant chez moi et mangeraient avec leurs mains…

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