Alexis Aliocha Peskine : 20 trucs que vous devriez savoir sur Alexis Peskine…
Alexis Aliocha Peskine
20 trucs que vous devriez savoir sur Alexis Peskine…
Zanoah Bia, le 6 décembre 2018
Alexis Peskine est né (1979) à Paris, France. Il a été boursier Fulbright en 2004 et a reçu son diplôme de Bachelor of Fine Arts à l’université Howard de Washington DC, de même que son Master of Digital Art et son Master of Fine Arts au Maryland Institute College of Art (MICA) de Baltimore. L’utilisation du graphisme et des idées commerciales dans l’art de Peskine lui vient de sa première formation liée aux arts graphiques.

L'Interview

EgoDesign. : Qui êtes-vous ? Comment vous décririez-vous ?


Alexis Peskine : Je suis un artiste, un observateur, un penseur, un éternel apprenti, une âme sensible, un voyageur, un amateur de musique. J’essaie de comprendre les gens et les diverses situations socio-culturelles se déroulant dans le monde. D'une manière générale, j’accorde beaucoup d'intérêt à la culture.

E.D. : Parlez-nous un peu de votre travail ?


A.P.: C’est un travail en apparence très graphique, simple, propre mais faisant appel à des techniques élaborées, à une pincée d’humour ou du cynisme artistique. Conceptuellement, c’est un travail qui évoque souvent l’identité. Dans mon travail, j’aime souvent inclure des icônes populaires pour ensuite les pervertir. J’utilise des icônes populaires pour que le public établisse un lien direct avec mon oeuvre. Le spectateur reconnaît un symbole mais est amusé ou déçu par la manière dont cet icône est représenté dans mon oeuvre. La raison pour laquelle j’utilise des techniques élaborées et impressionantes - un choix esthètique très graphique - est traduite par le désir de marquer le spectateur et de retenir l’attention du plus grand nombre de persones. Par exemple, beaucoup de gens réagissent à la vue de mes oeuvres faites avec des clous, ou sont amusés par l’utilisation des matériaux du quotidien comme le savon par exemple. Les materiaux de mes oeuvres sont choisis de manière á ce que celles-ci atteignent un certain niveau métaphorique. Ainsi, les clous traduisent l’idée qu’un people ou un individu peut ressortir plus fort après l’épreuve de la souffrance. Cette idée de transcendance est un thème récurrent dans mon travail.

Alexis Peskine_Word?, 2002
Alexis Peskine_Word?, 2002


E.D. : Quelle est votre philosophie de création ?

A.P.: Créer des oeuvres à la fois raffinées et populaires. Rapprocher la pop art et l’élitisme. Ainsi, je crée des images très simples pour évoquer des sujets compliqués tout en y ajoutant une touche de cynisme.


Alexis Peskine_Mariam.
Alexis Peskine_Mariam.


E.D. : Quelles sont vos influences, inspirations ?

A.P.: Il y a deux types d’influences : Les éléments qui influencent mon travail sur le plan conceptuel et esthétique.  Conceptuellement, je suis influencé par les nouvelles, par les livres, par la publicité et par ce que j’observe dans la société. J’aime aussi beaucoup les films documentaires et les comportements humains partout où je voyage. Esthétiquement, mes influences varient des jouets aux clips, aux magazines, en passant par la photo de mode, la publicité et les films. J’apprécie l’art classique et l’art pop en général. J’aime beaucoup les artistes tels que Takashi Murakami, Andy Warhol, Chuck Close, Jeff Koons, Damien Hirst, Ron Mueck, César, Jean Dubuffet, Eugène Delacroix, Jean Paul Goode, David La Chapelle, Michel Gondry, Hype Williams, Jean-Michel Basquiat, Chéri Samba, Matt Groening, Masami Kurumada (Les Chevaliers du Zodiaque), le travail de mes amis Jordan Eagles et Hank Willis Thomas, Titus Kaphar, Ellen Galagher, Jota Castro, Satch Hoyt, mon frère Anthony Peskine, Tedra Wilson.  Mon travail a aussi été beaucoup influencé par celui de mon mentor á New York, Eric Chapeau (il a un atelier de restauration de meubles antiques et de pianos} et a apporté beaucoup à ma technique. Quand je suis à Paris, je passe beaucoup de temps au Louvre pour regarder et m’inspirer de la variété de chef-d’oeuvres d’époques anciennes en passant par la composition de peintures Byzantines, au drapé, mouvement, au gestuel et à la poésie des sculptures Classiques Grèques et Italiennes, jusqu’aux motifs, à la technique et aux textures que l’art Africain - de l'Égypte en passant par le Bénin - nous a apporté.


Alexis Peskine/'Aunted
Alexis Peskine/'Aunted


E.D. : Selon vous, qu’est-ce que l’art ? Et le vôtre, comment le définiriez-vous ?

A.P.: Art = observation + réflexion transformées en expression. Mon art, c’est de la philosophie visuelle. Je m’exprime par des images fortes.

E.D. : Quels sont vos pièces maîtresses en art, design, architecture ? Et pourquoi ?


A.P.: Tan Tan Bo Puking a.k.a Gero Tan de Takashi Murakami et Le Radeau de la Meduse par Delacroix en peinture pour leur drame, et la façon dont elles traduisent la complexité humaine, l’urgence et le chaos. Aussi pour la façon dont elles transforment des sentiments douloureux en quelque chose de beau. Dans ces deux oeuvres de la souffrance est née la beauté. Cette habileté à traduire la souffrance en beauté est un trait majeur de la culture Noire. On la retrouve dans la musique  Samba au Jazz en passant par le Hip Hop.

Alexis Peskine/Alexis Peskine_ Ordem e progresso
Alexis Peskine/Alexis Peskine_ Ordem e progresso


E.D. : Que représente Jean-Michel Basquiat pour vous ?

A.P.: La jeunesse, la politique du peuple, le raffinement intellectuel mélangé au cris chaotique de la rue, la connection entre la rue et l’establishment, la démocratisation du monde de l’art. Basquiat fut la vraie première rock star de l’art moderne.

E.D. : Et le marché international de l’art ?


A.P.: Un gros élephant excentrique, riche et capricieux qui décide de tout, croit tout savoir, avec une certaine attention excessive et souvent courte. Cet élephant a le pouvoir de décider de la valeur du travail d’un artiste…

E.D. : Un créateur, designer, architecte que vous aimez particulièrement ?

A.P.: Takashi Murakami en art, David Adjaye en architecture, et en design il y a beaucoup d’objets que j’aime mais pas le travail d’un seul designer plus que celui d’un autre (de Starck à Le Corbusier).


Alexis Peskine/Alexis Peskine_Bienvenue en France, 2007
Alexis Peskine/Alexis Peskine_Bienvenue en France, 2007


E.D. : Quels objets fétiches ou œuvres d’art préférez-vous et pourquoi ?

A.P.:
J’aime les art toys (Gloomy the Bear et Astro) parce que je suis un gosse et un artiste, j’aime les bouteilles de sables Brésiliennes car elles sont belles, ingénieuses et impressionantes. Mon père les collectionne et elles me rappellent le Brésil,  J’adore aussi les éponges “Sponge House” Scotch Brite de 5.5 designers car j’en ai rêvé. Des éponges design ayant chacune sa propre utilité. Le “Tape Dispenser” pour dérouler le scotch de j-me parce que j’adore les mauvaises blagues traduites en design. Le tabouret HLM de Sentou est assez ingénieux aussi.


Alexis Peskine/Alexis Peskine_La France des Français
Alexis Peskine/Alexis Peskine_La France des Français


Alexis Peskine/Alexis Peskine_Sale Rrrace
Alexis Peskine/Alexis Peskine_Sale Rrrace


E.D. Il y a t-il une grande évolution/différence entre vos premières réalisations et votre travail actuel ?

A.P.: Ma technique s’est améliorée. J’utilise des matériaux plus durables. J’ai par example remplacé la peinture latex par de la peinture lacquée, et je huile et dore les clous pour qu’ils conservent leur brillance. J’utilise un bois plus tendre et léger. Depuis longtemps, j’ai le désir de créer des oeuvres propres, opaques et graphiques, et cela m’a pris des années avant de trouver les matériaux adéquats pour matérialiser les images enfouies dans ma tête. Pour ce qui est du concept, je fais attention à être provocateur sur le plan de la réflexion plutôt qu’être tout simplement provocateur.

E.D. :  Votre projet de rêve ?

A.P.: Un projet qui unirait beaucoup de gens d’horizons divers. Un projet qui rassemblerait ces gens autour de moi.

E.D. : Selon vous, Quelle serait la meilleure utilisation des matériaux en art ?


A.P.: La lacque est une peinture que j’aime beaucoup. On peut penser que si elle se conserve si bien sur des pianos par exemple c’est parce que c’est un matériel écologique qui dure dans le temps. Par ailleurs, si l’on évoque les matériaux les plus durables, il faudrait mentionner le bronze, l’or et le diamant…


Alexis Peskine_Axis of evil, 2005
Alexis Peskine_Axis of evil, 2005


E.D. : Quels objets, accessoires que vous ne posséderez point et pourquoi ?

A.P.: Une Hummer. Ça prend de la place, elle pollue et consomme beaucoup, et ce n’est pas du tout comfortable.

E.D. : Quel type d’oeuvres que vous ne concevrez point et pourquoi ?

A.P.: Je ne concevrais rien qui puisse compromettre mon intégrité artistique et personnelle.

E.D. : Qu’espérez-vous que votre travail actuel apporte aux gens ?

A.P.: Une réflexion proposant une évaluation de ce que nous pouvons changer autour de nous et ailleurs.


Alexis Peskine/freed-closeup-3boxe
Alexis Peskine/freed-closeup-3boxe


E.D. : Quelle invention rendrait votre vie plus meilleure ?

A.P. : Un pistolet à clous qui fonctionnerait avec différents types de clous et avec lesquels on pourrait choisir la profondeur d’enfoncement de ces derniers.

Alexis Peskine/Alexis Peskine_Tintin and Your Kids
Alexis Peskine/Alexis Peskine_Tintin and Your Kids


Alexis Peskine/Alexis-Peskine_Lessoned, 2008
Alexis Peskine/Alexis-Peskine_Lessoned, 2008


E.D. : Quelle ville vous ressemble le plus et pourquoi ?

A.P.: Si la ville était mon identité, je serais une ville métissée comme Paris, New York et Salvadorde Bahia. Paris est la ville où j’ai grandi et appris à me connaître et à être moi même. C’est une ville cosmopolite et culturellement et socialement riche et diversifiée. Elle prend son temps à apprécier et à analyser les choses et n’aime pas être contredite. Paris reste quand même une ville est cynique et complexe. Elle doûte souvent d’elle même mais apprécie aussi ce qu’elle est, sa position de ville Lumière. Mais elle veut toujours plus... New York est aussi multi-culturelle et est constamment à la recherche des ideés nouvelles, des tendances avant-gardistes et branchées. Elle veut tout le temps se divertir et elle ne se pose jamais de questions. Salvador est une ville à la fois vieille avec une âme et jeune de par sa créativité. Elle aime faire la fête, rire, manger et faire l’amour. Elle ne pense pas au lendemain. Elle est expressive et mélancolique.


Alexis Peskine/Starting Blocked
Alexis Peskine/Starting Blocked


E.D. :  Vous ne pourriez pas vivre sans ?

A.P.: Mon cerveau.


Alexis Peskine/alexis-peskine_Maezinha Revisited, 2008.
Alexis Peskine/alexis-peskine_Maezinha Revisited, 2008.


E.D. : Dernière question. Quels artistes, architectes, designers contemporains inviteriez-vous à dîner chez vous ?

A.P. : Stevie Wonder, Jay Z, Takashi Murakami, David Adjayé, Jeff Koons, Michel Gondry, Kara Walker, Damien Hirst, Dave Chapelle, Ellen Gallagher, David LaChapelle, mes frères Anthony Peskine et Gystère, mes talentueux amis Tedra Wilson, Hank Willis Thomas, Jordan Eagles, Mickalene Thomas et biensur un groupe de mes amis pour rajouter a la dynamique.


Alexis Peskine/Alexis Peskine_Corna Banana.
Alexis Peskine/Alexis Peskine_Corna Banana.


Bio_Express

Alexis Aliocha Peskine was born in Paris, France, on September 29, 1979. He is a 2004 Fulbright Scholar who holds a B.F.A. from Howard University an M.A. and M.F.A. from the Maryland Institute College of Art (MICA). Peskine’s use of graphic and commercial images in fine art is informed by his early start in graphic design. At age 15, he was the youngest student to enter the Apprentice Center of Formation for the Graphic Art in Paris; he subsequently worked for Crayures as an industrial designer for clients such as Roland Garros, Malterre and Fly. He also served a stint as Creative Director for Burrell Communications in Chicago. Peskine bridges the gap between graphic design and fine art by using the same design aesthetic to appeal to the masses, as his work often touches on the ideology of consumerism and mass consumption.
As a junior at Howard University in 2002, Peskine was the first winner of the Verizon HBCU Student Art Competition; the following year, he won second place in the same competition. His work has attracted the attention of Chrissie Iles of the Whitney Museum and Yukie Kamaya of the New Museum of Contemporary Art in New York. Burrell Communications’ Chairman Emeritus Tom Burrell and musicians Donald Byrd, Talib Kweli and Common all own Peskine’s work.
Drawing inspiration from his paternal grandfather who survived a German concentration camp, to his maternal grandfather who lived in the favelas of Salvador, Bahia, to the loving marriage of his own Franco-Russian father and Afro-Brazilian mother, Peskine challenges his audience with provocative, cynical and sometimes earnest takes on serious subjects. Much of his work also celebrates family, friends and the beauty and humor of solitary inanimate objects.

www.alexispeskine.com