Oscar Niemeyer : Hymne rond
Oscar Niemeyer
Hymne rond
Emcie, le 8 septembre 2006

N’est-ce pas que la vie est une courbe quand elle se fait rieuse, et la nature coquine ? Que l’esprit se courbe quand l’imagination le chatouille, lui soutirant quelques rires cristallins et de grandes idées ? Et admirez comme le corps féminin se révèle une série de courbes. Sans cesse tout nous ramène à ces lignes sinueuses et ondoyantes comme la mer…

Oscar Niemeyer - P. Michel Moch
Oscar Niemeyer - P. Michel Moch


Oscar Niemeyer se souvient de ses débuts : « La ligne courbe m’attirait. En particulier la courbe libre et sensuelle que la nouvelle technique suggérait et que rappelaient les vieilles églises baroques. » Car la courbe est une ligne belle, logique et gracieuse si elle est bien construite et bien structurée.

Épris de liberté et d’amitié, amoureux inconditionnel de la femme, l’architecte brésilien né à Rio de Janeiro en 1907 nous lègue un véritable hymne à la beauté. Son œuvre, empreinte de fraternité et de partage, d’audace et de détermination, témoigne d’exceptionnels moments de liberté créatrice à l’origine de la nouvelle architecture brésilienne.

Quand Oscar Niemeyer plonge dans ses souvenirs, on devine au loin les rires des filles et la gaieté qu’ils expriment, telle un hommage à la mémoire. Il y a d’abord sa mère, ses tantes, ses cousines et ses sœurs. Puis il y a les prostituées des quartiers bohèmes et la maison d’Eloa à Pôrto Alegre, où les filles sont belles et leurs hanches baroques. Plus tard, il y a sa femme, sa fille chérie et ses petites filles, dont l’une dirige aujourd’hui la Fondation Oscar Niemeyer. Pour lui, les femmes savent partager et ouvrir grand les bras. Vaporeuses, leurs silhouettes sensuelles se font l'écho de la liberté et de l’inspiration mêmes.

À 21 ans, il épouse Annita Ballo, puis commence l’Escola Nacional de Bellas Artes. Pendant ses études, il travaille bénévolement à l’agence d’architecture de Lúcio Costa1 où il découvre sa vocation et noue une amitié fidèle. En 1934, il obtient son diplôme et dès 1936, il collabore avec Le Corbusier sur le projet du nouveau ministère de la Santé et de l’Éducation de Rio.



[1]. Architecte et urbaniste (1902-1998), concepteur du schéma directeur de Brasilia.



Siège social du Parti Communiste. Paris, France - P. Michel Moch
Siège social du Parti Communiste. Paris, France - P. Michel Moch


Entre sa planche à dessin et sa joyeuse façon de vivre, Niemeyer avale l’œuvre de Le Corbusier, des auteurs grecs, des classiques portugais et de géants de la littérature étrangère. Il demeurera toujours sensible aux discours intelligents et subtils, à la spontanéité et à l’imagination.

Communiste engagé et revendicateur, il manie style et inventivité. Il en résulte une nouvelle vision de la modernité. Alors qu’il a déjà collaboré avec les plus grands, il soutient que sa propre architecture commence réellement à Pampulha, où il crée le quartier des loisirs : un casino, un club, un restaurant et une église !

Un beau jour, un homme lui annonce : « Je vais construire la nouvelle capitale du pays, et tu vas m’aider. » C’est ainsi qu’au beau milieu du désert du Planalto Central, que le président Juscelino Kubitschek lui confie le projet de Brasília. Cette folle idée ne le quitte plus. L’inauguration a lieu cinq ans plus tard, en 1960. Presque utopique, cette ville actuelle et moderne se veut le symbole de l’importance du pays. Avec elle, Niemeyer repousse les limitations et le rationalisme de l’architecture contemporaine. Il y a mieux à faire avec le béton armé.

Université de Constantine, Algérie - P. Michel Moch
Université de Constantine, Algérie - P. Michel Moch


Maison de la culture du Havre. Le Havre, France - P. Michel Moch
Maison de la culture du Havre. Le Havre, France - P. Michel Moch


Malheureusement survient le coup d’État, suivi de 20 ans de dictature. Brasília est méprisée et personne ne peut la défendre, car lutter pour la liberté est mal vu. Au beau milieu des courbes élégantes, la médiocrité s’installe...

Oscar Niemeyer décide alors de s’exiler. Pendant presque sept ans, il voyage avec Annita aux États-Unis et dans la Vieille Europe. On connaît déjà de lui le siège des Nations Unies à New York, fruit de sa collaboration avec Le Corbusier, ainsi que le siège du Parti communiste français à Paris, qui suscite l’admiration générale, sans parler de l’immeuble de bureaux de Renault et de ses oeuvres à Milan et Turin.

Ce n’est qu’en 1970, en proie au mal du pays, qu’il rentre au Brésil pour poursuivre son oeuvre architecturale aux formes légères et inattendues ,sans avoir à taire ses positions politiques. Il devient professeur d’université, découvre la sculpture. La même année, l’American Institute of Architecture lui remet sa médaille d’or et en 1988 le prix d’architecture Pritzker.

En 1996, il termine l’entreprise dont il est le plus fier : le Musée d’art contemporain de Niterói, dans la baie de Guanabara. Aujourd’hui, à 98 ans, Niemeyer travaille toujours dans son cabinet, certains de ses camarades viennent encore rire et discuter  autour de ses plans. Ses sources d’inspiration demeurent inchangées. Mû par une inlassable quête de liberté, le vénérable architecte sourit à l’idée que le communisme n’est pas mort et que l’espoir d’un monde meilleur et fraternel résiste encore…

La bourse du travail de Bobigny. Bobigny, France - P. Michel Moch
La bourse du travail de Bobigny. Bobigny, France - P. Michel Moch


www.niemeyer.org.br