Club de 8 : Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques
Club de 8
Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques
Nadia Hammadi + Terry O’Grady, le 9 juin 2008
Les huit lauréats des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques de 2008 ont considérablement marqué, depuis des décennies, nos champs de perception, nos lignes de pensée, nos manières d’être. Leurs oeuvres ont une forme matérielle et éphémère. Mais l’essence de leur travail réside dans l’acuité de leur esprit, dans leur capacité à explorer librement le monde des idées et à les exprimer par des créations complexes, audacieuses, qui invitent l’observateur à élargir sa perspective. Nous les remercions des nouveaux horizons qu’ils nous ont dévoilés : Kenojuak Ashevak pour sa vision à la fois charmante et fantastique de l’esprit du Nord; Serge Giguère pour son approche du documentaire toute de discrétion; Chantal Gilbert, récipiendaire du Prix Saidye-Bronfman, pour son orfèvrerie si lyrique; Michel Goulet pour sa reformulation saisissante de la sculpture et de l’art public; Alex Janvier pour ses abstractions modernistes imprégnées d’une profonde spiritualité; Tanya Mars, artiste de la performance, pour sa personnification incomparable d’une philosophe visuelle; Eric Metcalfe pour son exploration multidisciplinaire de l’art; et Shirley Thomson, historienne de l’art et administratrice, pour son ardeur à défendre la place de l’art dans les espaces publics.

Kenojuak Ashevak_Martin Lipman
Kenojuak Ashevak_Martin Lipman


Portraits…

Kenojuak Ashevak


Kenojuak Ashevak est probablement la plus connue et la plus acclamée de tous ces artistes inuits admirables qui ont émergé dans le Nord au cours de la deuxième moitié du siècle dernier. Son histoire est aussi remarquable que celle de la communauté de Cape Dorset avec ses graveurs et ses sculpteurs. Nombre de ses dessins, estampes et sculptures sont devenus d’importants symboles gravés dans la conscience collective. Présentes depuis quelque 50 ans, ses formes dynamiques, ses couleurs vives et ses créatures fantastiques reflètent la singularité de sa vision et sa relation à la terre. Née en 1927 à Ikerrasak, un campement au sud de l’île de Baffin, elle a mené une vie traditionnelle de nomade avant de s’installer définitivement à Cape Dorset. Sa vie a été présentée dans Eskimo Artist - Kenojuak, un film de l’ONF, et ses œuvres ont illustré des timbres de Postes Canada. Récipiendaire de deux doctorats honoris causa, Kenojuak Ashevak est Compagnon de l’Ordre du Canada et membre de l’Académie Royale des arts du Canada.


Kenojuak Ashevak_The Enchanted Owl, 1960
Kenojuak Ashevak_The Enchanted Owl, 1960


Serge Giguère_Martin Lipman
Serge Giguère_Martin Lipman


Serge Giguère

Serge Giguère est l’une des figures majeures du documentaire au Québec. Au fil de trois décennies et de plus d’une dizaine d’œuvres cinématographiques, il a apporté au documentaire québécois une identité propre qui reflète la conscience communautaire. D’abord directeur de la photographie - signant les images d’une soixantaine de films, il s’impose par la suite comme « un cinéaste à l’écoute ». Cofondateur des Films d’aventures sociales du Québec en 1974, il demeure partenaire jusqu’en 1984, lorsqu’il s’associe à Sylvie Van Brabant pour créer les Productions du Rapide-Blanc. De 1998 à 2001, il est cinéaste résident à l’Office national du film. M. Giguère a siégé à plusieurs jurys, et été lauréat, entre autres, du Prix de l’Association québécoise des critiques de cinéma pour le Meilleur moyen métrage de l’année (1988, 1991, 1995), d’un Prix Gémeaux (1992), et d’un Prix Jutra (2007). Le festival Hot Docs lui a consacré une rétrospective en 2006. Serge Giguère habite à Saint-Norbert-d’Arthabaska, au Québec.


Serge Giguère_9 St-Augustin, 1996, Les Productions du Rapide-Blanc
Serge Giguère_9 St-Augustin, 1996, Les Productions du Rapide-Blanc


Chantal Gilbert_Martin Lipman
Chantal Gilbert_Martin Lipman


Chantal Gilbert

Joaillière de renommée nationale, Chantal Gilbert a percé sur le marché mondial en tant que coutelière d’art. Cette nouvelle voie lui a permis d’aborder l’orfèvrerie autrement tout en poursuivant ses recherches esthétiques sur les symboles et les rites qui façonnent la psyché humaine. Ses œuvres à l’allure à la fois primitive et sophistiquée ont été présentées dans une quarantaine d’expositions au Canada et à l’étranger, lui valant la reconnaissance des guildes internationales et, entre autres, le Grand Prix des métiers d’art du Québec (1998) et le Prix du rayonnement international du Québec (2001). Titulaire d’une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval (2000), Mme Gilbert est professeure à l’École de joaillerie de Québec depuis 1991, et présidente du Conseil des Métiers d’art du Québec depuis 2000. Elle habite à Québec.


Chantal Gilbert_Printemps, 2007, acier, bronze, dent de morse, socle en acier
Chantal Gilbert_Printemps, 2007, acier, bronze, dent de morse, socle en acier


Michel Goulet_Martin Lipman
Michel Goulet_Martin Lipman


Michel Goulet

Dès le début des années quatre-vingt, Michel Goulet s’inscrit dans le mouvement de renouvellement de la sculpture, tant au niveau du vocabulaire formel que du contenu et du sens. Héritier du minimalisme et de l’art conceptuel, il a développé, au cours des 30 dernières années, un projet sculptural éloquent fondé sur l’objet et les postures humaines. Ses œuvres ont été présentées dans plus d’une centaine d’expositions, notamment à la Biennale de Venise, en 1988, et lors d’une importante rétrospective au Musée d’art contemporain de Montréal en 2005. Elles se retrouvent dans de nombreuses collections privées et plus d’une quinzaine de collections publiques au Canada. M. Goulet est également reconnu pour avoir renouvelé l’art public et conçu des scénographies de théâtre et d’opéra remarquées et primées au Québec et à l’étranger. Enseignant à l’Université d’Ottawa et à l’Université du Québec à Montréal, il a grandement contribué à la formation de la relève. Michel Goulet habite à Montréal.


Michel Goulet_Les leçons singulières (volet II), 1990, laiton, bronze, acier inoxydable, Parc Lafontaine. Ville de Montréal
Michel Goulet_Les leçons singulières (volet II), 1990, laiton, bronze, acier inoxydable, Parc Lafontaine. Ville de Montréal


Alex Janvier_Martin Lipman
Alex Janvier_Martin Lipman


Alex Janvier

Alex Janvier peint depuis plus de 40 ans. Il a créé un style original, un « langage visuel » qui lui est propre, nourri des traditions culturelles et spirituelles des Dénés du nord de l’Alberta. M. Janvier est né en 1935 dans la réserve Le Goff, à Cold Lake First Nations, dans le nord de l’Alberta. À l’âge de huit ans, il a été envoyé à la Blue Quills Residential Indian School, près de St. Paul, en Alberta. Le directeur de l’école a reconnu chez lui un talent artistique inné et l’a encouragé dans cette voie. M. Janvier a reçu sa formation artistique au Southern Alberta Institute of Technology and Art de Calgary (devenu depuis le Alberta College of Art and Design), et a obtenu son diplôme avec distinction en 1960. En 1966, le ministère fédéral des Affaires indiennes et du Nord lui a commandé 80 tableaux. Il a aussi contribué à réunir un groupe d’artistes pour le Pavillon des Indiens du Canada à l’Expo 67, dont Norval Morrisseau et Bill Reid. Ces dernières années, son œuvre se caractérise par des lignes fluides et courbes, et encore plus d’abstraction. Par son langage original, il consolidé son legs comme celui de l’un des peintres les plus importants du pays. Alex Janvier vit à Cold Lake (Alberta).


Alex Janvier_HBA Love the land Sound, 2008
Alex Janvier_HBA Love the land Sound, 2008


Tanya Mars_Martin Lipman
Tanya Mars_Martin Lipman


Tanya Mars

Considérée comme l’une des artistes multidisciplinaires les plus innovatrices au Canada, Tanya Mars s’est imposée sur la scène alternative dès le début des années soixante-dix. Par le biais de la performance, de la vidéo ou de la sculpture, elle a créé des œuvres qui ont influencé toute une génération d’artistes au cours des 30 dernières années. Admiratrice du dadaïsme et du surréalisme, entre autres mouvements artistiques, elle s’intéresse également aux Cheerleeders et au Vaudeville. Ses œuvres, spirituelles, amusantes et paillardes, s’inscrivent dans une perspective féministe et utopiste. En tant qu’artiste, enseignante, conservatrice et directrice de publication, Tanya Mars est le mentor de plusieurs artistes émergents. Elle est membre du collectif de conservateurs qui organise le Festival international 7a*11d de performance de Toronto. Elle a contribué à fonder la galerie Powerhouse à Montréal en 1973, un des premiers collectifs artistiques féministes du Canada. Elle a été l’éditrice de la revue Parallélogramme de 1976 à 1989 et a codirigé (avec Johanna Householder) la version définitive de Caught in the Act: An Anthology of Performance Art by Canadian Women (2005). Elle a enseigné et donné des ateliers au Nova Scotia College of Art and Design (NSCAD University) et enseigne actuellement à l’Université de Toronto Scarborough. Tanya Mars vit à Toronto.


Tanya Mars_incarnant La Reine Elizabeth Ire dans Pure Virtue, performance, 1986_George Whiteside
Tanya Mars_incarnant La Reine Elizabeth Ire dans Pure Virtue, performance, 1986_George Whiteside


Eric Metcalfe_Martin Lipman
Eric Metcalfe_Martin Lipman


Eric Metcalfe

Eric Metcalfe incarne l’avant-garde dans l’art canadien. Depuis la fin des années soixante, sa pratique croise et fusionne les disciplines : peinture, dessin, sculpture, installation, sérigraphie, performance, vidéo et cinéma. Son œuvre est proche de l’art conceptuel et du mouvement Fluxus, qui s’intéressait aux nombreux croisements et mélanges entre divers médias et disciplines. Elle s’inscrit aussi dans un réseau d’activités culturelles contemporaines, surtout le jazz, qui depuis longtemps a été d’une influence capitale pour lui. Né à Vancouver en 1940, M. Metcalfe a grandi à Victoria. Sa première exposition publique a lieu en 1966, et en 1973, il confonde Western Front, un centre d’artistes autogéré avant-gardiste. M. Metcalfe est bachelier en beaux-arts (arts visuels) avec distinction de l’Université de Victoria (1970). Il a enseigné au Emily Carr Institute of Art and Design (1994 à 2005) et à la commission scolaire de Vancouver, de même qu’à l’Université de Colombie-Britannique (comme artiste invité). Laura, sa dernière œuvre, est un riff personnel sur film noir, un genre qui a connu son âge d’or pendant une décennie à partir du milieu des années quarante. Eric Metcalfe vit à Vancouver.


Eric Metcalfe_The Attic Project, 1998-2000
Eric Metcalfe_The Attic Project, 1998-2000


Shirley Thomson_Martin Lipman
Shirley Thomson_Martin Lipman


Shirley Thomson

La carrière de Shirley Thomson a été à la fois éminente et audacieuse. Elle est née et a grandi à St. Mary’s, en Ontario. Elle quitte un poste d’enseignante pour s’installer à Montréal, puis à Paris, où elle travaille comme éditrice pour le compte de l’OTAN. À son retour au Canada, elle est secrétaire générale adjointe de l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), puis secrétaire générale adjointe de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Dix ans plus tard, elle effectue un retour à Montréal, s’inscrivant au doctorat en histoire de l’art à l’Université McGill - sa thèse porte sur le thème de la chasse dans la décoration des châteaux français au XVIIIe siècle. Son passage à l’Université McGill lui sert de tremplin pour entamer une carrière dans la gestion d’organismes culturels. Directrice du Musée McCord (1982-1985), Mme Thomson transforme ce petit musée universitaire en musée public de recherche et d’éducation voué à la conservation, à l’étude et à la mise en valeur de l’histoire du Canada. Après un mandat comme secrétaire générale de la Commission canadienne de l’UNESCO, elle est nommée au poste de directrice du Musée des beaux-arts du Canada, en 1987. Au cours des 10 années de son mandat, Mme Thomson et son équipe développent un programme qui accroît la notoriété du musée. Elle a été directrice du Conseil des Arts du Canada (1998-2002), puis présidente de la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels (2003-2007).


Shirley Thomson-Hopi Maiden
Shirley Thomson-Hopi Maiden