Seydou Keita : 50 Works
Seydou Keita
50 Works
C. Pigozzi, le 30 avril 2018
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Né à Bamako (Soudan français, aujourd’hui au Mali) en 1921 ou 1923, Seydou Keita apprend d’abord la menuiserie avec son père et son oncle. En 1945, ce dernier lui rapporte du Sénégal un appareil photographique, un Kodak Box Brownie de format 6 × 9. Il est cependant difficile au jeune photographe de réaliser ses clichés dans la rue sans autorisation puisque, selon la croyance populaire, la photographie vole l’âme du sujet. Ses premiers travaux sont donc des commandes qu’il réalise le plus souvent au domicile de ses clients, des jeunes gens de la nouvelle génération, moins formalistes. Il tire ses épreuves lui-même chez les deux photographes de la ville, Pierre Garnier et Mountaga Kouyaté : c’est là qu’il apprend les rudiments du métier. En 1948, il achète une chambre photographique 13 × 18 et installe son studio dans le centre-ville de Bamako, en face de la prison civile. Le photographe, qui préfère travailler en noir et blanc et en lumière naturelle, apporte également un soin tout particulier au choix du papier lors du tirage de ses épreuves.

Seydou Keita, 1949-1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1949-1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1954_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1954_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Les photographies de Seydou Keita, portraits d’apparat minutieusement agencés, témoignent d’un véritable art de la pose. Chaque détail de la toilette et de l’attitude des modèles est ainsi soigneusement travaillé. Les sujets sont systématiquement installés devant un fond de tissu - une couverture, puis différents tissus choisis avec attention et changés chaque année (ce qui permet par ailleurs de dater les clichés) -, mise en scène qui les isole de leur contexte quotidien et, en quelque sorte, les idéalise. Ils sont souvent assis sur une chaise, une motocyclette, le coude fermement posé sur un guéridon, dans une attitude statique qui leur est imposée pour assurer la netteté de l’image, l’appareil de Seydou Keita, à ouverture fixe, n’étant pas facile à manipuler.

Seydou Keita, 1958_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1958_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1956_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1956_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1956_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1956_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Figées et solennelles, parfois un peu guindées, les clientes se font photographier parées de leurs bijoux, les mains ostensiblement rehaussées. Tous les modèles viennent en effet se faire photographier avec des accessoires qui révèlent leur position sociale : voiture, montre, vélo, instrument de musique… S’ils n’en possèdent pas, le photographe met à leur disposition des costumes européens et divers objets, comme cette radio que l’on retrouve sur plusieurs épreuves. Chez Seydou Keita, l’art de la photographie ne souffre pas d’à peu près : l’artiste ne consacre qu’un seul négatif à chacun de ses sujets.

Seydou Keita, 1952-1956_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1956_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1959-1960_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1959-1960_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


En 1962, au lendemain de l’indépendance, l’État malien réclame les services de Seydou Keita. Jusqu’en 1977, date à laquelle il prend sa retraite, il devient le photographe attitré de la prison centrale, en charge également des visites officielles. Ces clichés sont conservés dans les Archives. De son activité de portraitiste privé, Seydou Keita a gardé méthodiquement tous les négatifs 5 × 7. Mieux, il a retenu pratiquement chacun des visages, chacune des histoires. Aussi, lorsque sa malle de plusieurs milliers de photographies est découverte en 1991, les expositions se succèdent rapidement. À la valeur documentaire indéniable de ses clichés s’ajoute une dimension artistique qui a permis à son œuvre d’être présentée à Paris en 1994 à la fondation Cartier pour l’art contemporain puis, deux ans plus tard, au musée Guggenheim de New York.

Seydou Keita, 1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita est un des rares photographe-imagiers à ainsi croquer, enregistrer, dans leur représentation personnelle voire privée, ces habitants d’une capitale qui affirment quelque part leur volonté d’être citoyen du monde ; qui expriment une volonté de signifier, représenter, authentifier ce " passage " du statut de colonisé à celui là, de citoyen justement, et libre ou en voie de l’être ; qui affirment leur envie de mémoriser cette nouvelle identité . Enfin, ils symbolisent, avec en plus la grâce et le sourire immortalisés par la séance de pose, le refus d’un XXème siècle colonial qui les a jusque là si souvent négligé, méprisé, relégué. Et , sur autre plan, il traduit aussi une forme de libération par rapport aux pesanteurs de la société traditionnelle ambiante. Adieu la brousse et ses chasseurs branchés sur un monde de forces occultes. Adieu la campagne, ses rites saisonniers et ses contraintes agraires. Adieu les traditions ancestrales, les disciplines claniques, l’autorité des aînés, la " korocratie ", et les hiérarchies séculaires. Adieu les conflits de génération. Volonté d’indépendance là aussi.

Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1949-1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1949-1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita était un photographe intimiste, amoureux de la photo et de ses modèles, témoin à sa façon de ces changements qui, au cours des quinze années qui précédèrent l’indépendance, avaient plus changé les mœurs qu’en quatre vingt années de colonisation. Il nous signifie avec malice, au travers de son œuvre, que déjà, dès cette époque, il savait conjuguer par la photographie le slogan " Black is Beautiful ".

Seydou Keita, 1949-1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1949-1951_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva


Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva
Seydou Keita, 1952-1955_Bamako, Mali_C.A.A.A.C_Pigozzi Collection_Geneva