Monsengwo Kejwamfi Moke : Grand maître de la peinture congolaise
Monsengwo Kejwamfi Moke
Grand maître de la peinture congolaise
Zateke Mbala, le 28 avril 2008
Monsengwo Kejwamfi, dit Moke
Monsengwo Kejwamfi, dit Moke


À l’âge de 10 ans, Moke arrive à Kinshasa, élit domicile sur les marchés où il survit en peignant des paysages sur des cartons. Il réalise son premier tableau « populaire » en 1965, à l’occasion de la fête commémorative de l’indépendance ; il a représenté le général Mobutu saluant la foule en tête du défilé sur le boulevard du 30-Juin. Les toiles de Moke quittent pour la première fois son atelier pour entrer dans le circuit officiel avec l’exposition « Art Partout.(1) Moke Content », titre de l’un de ses tableaux devient son leitmotiv.

Comme la plupart des grands artistes populaires, Moke a installé son atelier au croisement des grandes artères Kasa-Wubu et Bolobo. Il est ainsi très en vue et totalement immergé dans l’urbanité, la vie quotidienne où il puise son inspiration. Moke a toujours travaillé en complète liberté, au-delà de toute référence. Il fait appel à la mémoire collective, à l’histoire locale. Sa peinture réaliste et exubérante témoigne de son observation minutieuse de la vie quotidienne kinoise : sapeurs(2), scènes de bar, rencontres galantes, rumbas et fêtes nocturnes, disputes de voisinage, transports publics, cérémonies, etc. Une culture populaire dans toute sa vigueur effervescente, chahuteuse, drôle et parfois amère. Toute la vie publique se retrouve dans sa production très prolifique qui mêle savamment le discours social et l’expérience esthétique.

Monsengwo Kejwamfi, dit Moke
Monsengwo Kejwamfi, dit Moke


Moke_Sans titire
Moke_Sans titire


Monsengwo Kejwamfi, dit Moke au travail
Monsengwo Kejwamfi, dit Moke au travail


Moke est justement défini comme le « peintre reporter de l’urbanité ».

Il peint des personnages aux visages ronds, pleins. Un tracé linéaire noir délimite chacun d’entre eux sans soucis de ressemblance, ni même de perspective. Il utilise des couleurs industrielles, chaudes et vives en un mélange harmonieux qui donne à ses tableaux une atmosphère et une vigueur particulières. Le thème qu’il a choisi de développer est au premier plan, le reste du tableau est le plus souvent composé de personnages de « remplissage » où les détails sont escamotés. Moke réalise de nombreux tableaux sur le même sujet. Il en est ainsi de ses multiples représentations de la vie nocturne : bars, danses, concerts en plein air. Cet été, Moke a brossé pour la première fois un tableau d’un très grand format sur ce thème. S’il ne fait pas d’esquisse préalable, Moke structure précisément sa toile et détermine avec minutie la place qu’occuperont les éléments importants dans l’espace. Le résultat est impressionnant.

Moke_Mosiki 100 kilos, 1997
Moke_Mosiki 100 kilos, 1997


Moke_Women's Liberation Movement, 1976
Moke_Women's Liberation Movement, 1976


Moke_Course des pousse-pousses, 1983_Kinshasa
Moke_Course des pousse-pousses, 1983_Kinshasa


Comme  Chéri Samba, il participe à l’exposition " Art Partout " à  l’Académie des Beaux-Arts en 1978. Puis Berlin, Paris, Liège, Londres, Mexique...Il était exposé à la Fondation Cartier Pour l’Art Contemporain " un Art Populaire " lorsque la mort l’a surpris - par un arrêt cardique - à Kinshasa le 26 septembre 2001, alors que son ami Chéri Samba venait de le quitter après avoir partagé une bière à son domicile. Le Congo-Kinshasa venait de perdre l’une de ses grandes figures, la plus talentueuse, la plus joviale et sympathique. Il avait 51 ans.


Moke_Tarzan boy, 1980_Kinshasa
Moke_Tarzan boy, 1980_Kinshasa


Moke_Tarzan boy of Kissenso, 1982_Kinshasa
Moke_Tarzan boy of Kissenso, 1982_Kinshasa


Moke_Deux papes, 1980_Kinshasa
Moke_Deux papes, 1980_Kinshasa


Moke_Accident de route, 1982_Kinshasa
Moke_Accident de route, 1982_Kinshasa


Moke_1990-1998
Moke_1990-1998


Moke_Metamorphosis, 2001_Kinshasa
Moke_Metamorphosis, 2001_Kinshasa