Lidewij Edelkoort : Une journée à l’Usine avec la gourou des nouvelles tendances
Lidewij Edelkoort
Une journée à l’Usine avec la gourou des nouvelles tendances
L. Maggi, le 12 novembre 2007
Lidewij Edelkoort
Lidewij Edelkoort


Gourou discret mais écouté dans toutes les disciplines de l'art de vivre, Lidewij Edelkoort est née à Wageningen, aux Pays-Bas en 1950. Elle travaille à Paris où elle coordonne deux centres de recherche sur l'évolution des tendances actuelles : L’Usine et Trend Union. Elle est aussi créatrice et éditrice de trois magasines visionnaires : Bloom, Interior View et View on colour (united publishers). Son credo est la mode et le design sous éthiques et durables. Née en Hollande en 1950, elle a étudié la mode et le design à l’Ecole des Beaux-Arts de Arnhem et, après son diplôme, est devenue «chasseuse» de tendances pour le magasin hollandais De Bijenkorf. Là, elle a découvert son talent à percevoir les tendances futures et sa manière unique de «prédire» plusieurs saisons en avance les goûts à venir des consommateurs. Ce qui l’a amenée à Paris en 1975, où elle travaille alors comme consultante indépendante.

Elsbeth Joy Nielsen_ A Silk story_Lisa Klappe
Elsbeth Joy Nielsen_ A Silk story_Lisa Klappe


Kazoe van Den_Methamorphosis
Kazoe van Den_Methamorphosis


Huub Griesen_Coucolettro_René van Der Hulst
Huub Griesen_Coucolettro_René van Der Hulst


Li Edelkoort est l’une des plus réputées «chasseuses» de tendances au monde. Son travail a révolutionné le monde des bureaux de style; des forums de tendances de Première Vision à la fin des années 80, jusqu’aux analyses de style pour les plus grandes marques depuis les années 90 , à aujourd’hui. Li annonce les concepts, couleurs et matériaux qui seront à la mode d’ici deux à trois ans, en avance, parce qu’«il n’y a pas de création sans connaissance avancée, et sans design, un produit ne saurait exister ». En ce sens, elle et son équipe orientent les professionnels dans leur interprétation de l’évolution de la société et décryptent les signes avant-coureurs des goûts à venir des consommateurs, tout en tenant compte de la réalité économique. Voyager, analyser les marchés et découvrir le monde, permet à Li de repérer ces signes avant-coureurs, les informations et les émotions qui seront celles de demain.

Joyce Meulenpas_Table Sounds_Lisa Klappe
Joyce Meulenpas_Table Sounds_Lisa Klappe


Ivana Borovnjak_Logic of language vs. The world of objects_José van Riele
Ivana Borovnjak_Logic of language vs. The world of objects_José van Riele


Daniela Pais_Clothing Species_José van Riele
Daniela Pais_Clothing Species_José van Riele


Plus récemment, son travail s’est également tourné vers l’éducation, au travers de ses responsabilités à la Design Academy Eindhoven, vers l’humanitaire avec l’association Heartwear et vers l’art, en tant que commissaire d’exposition, où elle plonge dans le domaine de l'art et du design, inspirant les visiteurs par ses expositions comme ARMOUR, aux Pays-Bas (2003), Skin Tight: the sensibility of the Flesh, au Musée d’Art Moderne de Chicago (2004), North meets South, au Centre Culturel Suédois, Paris (2005) et à Nordiska Museet,  à Stockholm (2006).

Daniera Ter Haar_Soft Intentions_Lisa Klappe
Daniera Ter Haar_Soft Intentions_Lisa Klappe


Li Edelkoort a reçu plusieurs distinctions pour son travail, qui apporte un stimulus « inspirationnel », et dynamise le talent créatif.  En 2003, le TIME Magazine l’a nommée comme l’une des 25 personnalités les plus influentes au monde dans le milieu de la mode. En 2004, elle a reçu le prix hollandais du Grand Seigneur pour son travail dans la mode et le textile. L’année 2004 marque le lancement du magazine style de vie du New York Times, T, auquel Li contribue avec Suzy Menkes et Stefano Tonchi.

Ellen Zoette_Dressed by Air_Miep Jukkema
Ellen Zoette_Dressed by Air_Miep Jukkema


Celestine Briet_Be leaf made of pressed leaves_Marielle Leenders
Celestine Briet_Be leaf made of pressed leaves_Marielle Leenders


En 2005, Aid to Artisans a honoré Li Edelkoort par un prix pour son travail en faveur de l’artisanat et du design. Plus récemment, en mars 2007 elle a été nommée Chevalier des Arts et des Lettres par le Ministre  français de la culture et de la communication. À Paris en 2008, une nouvelle exposition, Archéologie du Futur, présentera une rétro-prospective de son travail de recherche de tendances.

Channa Ernstsen_This side up_Miep Jukkema
Channa Ernstsen_This side up_Miep Jukkema


L.Maggi : Pourriez-vous nous décrire votre espace de travail?

Li Eldekoort : Mon studio, parisien, L'Usine, a été agrandi, ce qui nous a permis de mettre en place des expositions, à le transformer en un lieu culturel ouvert au grand public, avec une grande importance accordée à la lumière et aux espaces verts. C'est un lieu où nous rencontrons les clients de l'industrie, qui sont stressés et préoccupés par les délais et différents problèmes. Nous les dorlotons avec une bonne tasse de café, un déjeuner délicieux, et des flots de lumière naturelle.

Frenk van Den Braak_Flow for children_Marjan Holmer
Frenk van Den Braak_Flow for children_Marjan Holmer


L.M. : A quoi ressemble votre maison?

L.E. : Ma maison se trouve en dehors de Paris et se résume essentiellement à deux choses : un jardin et beaucoup d'espace.


Cris Bartel_Skininterior_José van Riele
Cris Bartel_Skininterior_José van Riele


L.M. : Quels sont les éléments impératifs en matière de design ?

L.E. : J'ai trois impératifs: l'espace, la nature et l'eau. Puis, un beau feu, un bon lit, un écran plasma pour regarder des films, une belle cuisine. J'aime vivre dans un espace neutre. J'aime être à l'abri des ondes visuelles susceptibles de m'influencer.

Anna Ter Haar_Buitenbeenties_José van Riele
Anna Ter Haar_Buitenbeenties_José van Riele


L.M. : Après l'exposition North Meets South et les projets menés par The Design Academy dans les favelas du Brésil, quelles sont les zones touchées par des problèmes d’urgence sur lesquels vous travaillez ?

L.E. : Le projet, quia reçu un prix de l'UNESCO, a commencé un an après le 11 septembre 2001, en réponse à la période historique tourmentée dans laquelle nous continuons de vivre. Beaucoup des malaises que nous connaissons proviennent de l'écart disproportionné entre les riches et les pauvres. Notre engagement et notre désir consistent à utiliser le design en vue de changer le monde et offrir notre aide. J'essaie d'être très réaliste et pragmatique lorsqu'il s'agit de problèmes sociaux.


Jan Willem Bosch_Subcase_Vincent van Gurp
Jan Willem Bosch_Subcase_Vincent van Gurp


Un exemple pourrait être un projet de designer en collaboration avec un maître tisserand Indien, en vue de créer de nouveaux modèles pour des tissus et des produits manufacturés. Nous voudrions ouvrir la conscience des jeunes, dès l'école, avec les designers d'entreprise de demain.

Coby van Der Bosch_Fur The Fabric_Lisa Klappe
Coby van Der Bosch_Fur The Fabric_Lisa Klappe


L.M. : Avez-vous eu des commentaires sur les ateliers au Brésil et en Afrique?

L.E. : Oui, et beaucoup de bonne volonté. La comparaison avec la réalité locale était également excellente. Le monde ne peut plus être dominé par une seule idéologie. Les étudiants doivent évaluer leurs propres idées en tenant compte des coutumes locales et des différences de religion.


Henriette Waal_In Publiek Doek_Lisa Klappe
Henriette Waal_In Publiek Doek_Lisa Klappe


L.M. : Dans le passé, vous avez enquêté sur des sujets tels que la précarité de la vie et le sens de la mort. Quelles places prennent-elles dans un futur proche?

L. E.:
Les jeunes sont intéressés par des questions très intimes comme la vie, la mort, la famille, la tradition. Le contexte historique est ce qui impose la recherche d'une signification nouvelle. Pour les gala de remise de diplômes en octobre 2007, nous avons présenté de nombreux projets ayant trait à la confidentialité : l'idée d'une maison avec de nombreuses petites pièces au lieu de grands espaces ouverts, par exemple. Il ya plusieurs points qui sont toujours à l'ordre du jour dans notre agenda, comme le problème de l'eau : nos projets insistent toujours sur la nécessité de la sauvergarder.

Suzannr van Der Aa_Pose_Miep Jukkema
Suzannr van Der Aa_Pose_Miep Jukkema


L'un des points clés dans l'appréciation de la qualité d'une proposition est sa durabilité. En outre, nous travaillons avec l'une des plus célèbres universités agricoles dans le monde, l'Université de Wageningen, qui expérimente l’éco-plastique et des projets d'écolo-combustibles. La demande découle d'une meilleure relation entre la science et le design, la science et l'art ; c'est le type de relation qui existait pendant  l'âge d'or du 17e siècle, et qui a trop longtemps été abandonnée.

Nacho Carbonell_Pump It Up_José van Riele
Nacho Carbonell_Pump It Up_José van Riele


L.M. : Quelle est l'approche actuelle du design, après le mélange les cultures et la relance de l'artisanat : les produits fait-main ?

L.E. : Je crois que le travail manuel local et mondial peuvent bien évoluer en harmonie. Ce qui est merveilleux en découvrant les arts et l'artisanat, est le fait que nous utilisons la haute technologie afin de créer une alliance entre le fait-main et ce qui est fait par la machine.

Veronique Lorne_ I want to strech_José van Riele
Veronique Lorne_ I want to strech_José van Riele


L.M. : Que pensez-vous des prototypes de jeunes créateurs, qui atteignent des prix stratosphèriques ?

L.E. : En fait, le problème ne relève pas des jeunes créateurs, mais du dilemme d'un marché qui a un besoin disparate de nouvelles idées. C'est de la pure spéculation.


Ine Mulder_Under Hair_Miep Jukkema
Ine Mulder_Under Hair_Miep Jukkema


Wieland Vogel_Halo_Vincent van Gurp
Wieland Vogel_Halo_Vincent van Gurp


L'expansion du marché est une bonne chose : il oblige les jeunes à travailler pour le monde virtuel et celui de l'édition, à étudier de nouveaux matériaux et de nouvelles couleurs, le processus industriel, le design d'aliments et le bien-être. Chaque année, une nouvelle discipline apparaît. Nous avons suivi avec intérêt le thème de « L'âge d'or du Design» à la Miami Design, une biennale qui faisait une comparaison entre la peinture du 17e siècle et celle d’aujourd'hui. Tous les thèmes et objets de ces peintures - dentelles, candélabres, natures mortes, crânes - sont maintenant de nouveau imaginés en termes de design.

Vivian Wierts_Extraordinary_Vincent van Gurp
Vivian Wierts_Extraordinary_Vincent van Gurp


L.M. : Qui sont aujourd'hui les designers qui se démarquent ?

L.E. :
Il y a environ quinze jeunes créateurs fantastique, parmi ceux qui ont obtenu leur diplôme de la Royal College of Art à Londres, comme Julia Lohmann qui vient d'Allemagne, et ceux qui étudient à notre Design Academy de Eindhoven.


Tim Geurtjens_Levende Lampe_Marjan Holmer
Tim Geurtjens_Levende Lampe_Marjan Holmer


Celestine Briet_Plug & Play_René van Der Hulst
Celestine Briet_Plug & Play_René van Der Hulst


L.M. : Quels pays retiennent votre attention aujourd’hui ?

L.E.: L'Afrique du Sud et  la ville d’Istanbul, les pays d'Europe orientale, d'Amérique du Sud et, assez surprenant, les États-Unis. La Corée a beaucoup de potentiel, ainsi que le Japon. N'oublions pas l'Europe occidentale, où de nombreuses idées sont en cours d’application. Je pense que ce qui fait la différence entre tous ces pays, c’est l'approche. Nous n'aurons pas une société meilleure, mais nous serons en mesure d’y faire face d'une meilleure manière.


Channa Ernstsen_Intervases_Vincent van Gurp
Channa Ernstsen_Intervases_Vincent van Gurp


Frieke Severs_Feel the movement of your feet_Vincent van Gurp
Frieke Severs_Feel the movement of your feet_Vincent van Gurp


Lidewij Edelkoort
Lidewij Edelkoort


L'avenir ressemblera  aux deux chansons des Beatles : IMAGINE et LET IT BE.

Wieland Vogel_Halo_Inner Beauty_Marjan Holmer
Wieland Vogel_Halo_Inner Beauty_Marjan Holmer


Lidewij Edelkoort + une amie
Lidewij Edelkoort + une amie


www.edelkoort.com

www.designacademy.nl