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Ron Arad
No Discipline
Marie-Laure Jousset, le 17 novembre 2008
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Chaise sculpture Southern-Hemisphere_Eric & Petra Hesmerg
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Chaise sculpture Southern-Hemisphere_Eric & Petra Hesmerg
 
M.-L. J. : Comment utilisez-vous la couleur dans vos créations ?

R. A. : J’adore les couleurs : celle du métal, du cuivre, du ciment, la couleur du bois… Ce que je n’aime pas, c’est me servir de la peinture pour mettre de la couleur dans ce que je fais. D’un autre côté, je n’obéis pas à des règles strictes qui affirmeraient : « La peinture, c’est moche. » Je préfère me dire : « Laissons parler les matériaux plutôt que d’avoir recours à d’autres matériaux pour les recouvrir. » Rien n’est jamais très simple. En ce qui concerne les matériaux, par exemple : j’aime l’acier inoxydable mais pas le chrome. Mais si un jour j’ai besoin d’utiliser du chrome, je ne me l’interdirai pas, je me servirai du chrome.

M.-L. J. : En somme, vous n’appliquez et ne suivez aucune méthodologie particulière.


R. A. :
Non, je me qualifierais de paresseux qui n’a aucune méthode.

M.-L. J. : Paresseux ?

R. A. :
À ma manière. Qui consiste essentiellement à compter sur mon entourage : et comme je suis entouré de personnes extrêmement compétentes, je m’appuie sur elles. Avant même de dessiner, je discute beaucoup avec elles. C’est certainement mon outil le plus efficace. Mais je saute facilement du coq à l’âne et, tout à coup, je peux tout arrêter et passer à tout à fait autre chose. Quand le Rover Chair a bien marché pour nous, j’ai cessé de le fabriquer parce que je ne voulais pas que cela tourne au procédé facile. En fait, tout s’était rapidement enchaîné à partir de l’article paru dans le magazine Blueprint. Un amoureux des sièges que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam y déclarait que j’étais le designer londonien le plus intéressant. Et, à l’époque, j’étais loin de me penser en tant que designer.

Ron Arad_No Discipline/Ron Arad Bodyguard sculpture chair, 2007_JCollection José Mugrabi.
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad Bodyguard sculpture chair, 2007_JCollection José Mugrabi.
 
M.-L. J. : Un jour, vous m’avez fait une remarque insolite, vous m’avez dit : « J’ai en tête un musée imaginaire, et je connais, j’aime et j’apprécie Matisse sans le posséder. » Que représente pour vous cette notion d’avoir une oeuvre en tête, d’en disposer, d’une certaine manière, sans pour autant en être propriétaire ?

R. A. : Je dois beaucoup aux musées. En dehors de l’école, ils ont fait une partie de mon éducation. Ne venant pas du centre du monde, j’arrivais de la périphérie pour me rendre dans les musées. C’est ainsi que j’ai pu visiter une énorme exposition Van Gogh ou une importante exposition Giacometti. Cela marque un enfant, un adolescent, ce genre d’aventure ! Alors oui, quand les gens trouvent à redire sur le prix élevé des oeuvres, je leur rétorque que l’on peut très bien consommer sans acheter. Encore dernièrement, quand je me suis rendu à la fantastique expo Giacometti au Centre Pompidou, je ne me suis jamais demandé : « Et cette oeuvre-là, combien elle coûte ? » Non, je considère que je consomme ce que je vois, et j’aime à croire que les gens consomment mes créations de la même façon, sans se sentir obligés de les acheter.

Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Chaise sculpture Bodyguard numéro 2, 2007_Eric & Petra Hesmerg.
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Chaise sculpture Bodyguard numéro 2, 2007_Eric & Petra Hesmerg.
 
M.-L. J. : Cela n’empêche pas vos créations d’avoir de la valeur ?

R. A. :
Découvrir le prix que peut atteindre sa production, cela donne naturellement une idée de la valeur de ses propres oeuvres et cela permet aussi de se situer par rapport à d’autres créations. Mais il y a malheureusement des dérives, et je vois aujourd’hui beaucoup d’oeuvres se faire, disons, de manière cynique, à partir du marché. Et puis, il y a le paradoxe de ce marché qui dit au marché de l’art que l’« art du design » se vend bien alors que, dans le même temps, le monde de l’art n’accepte pas le design… Pour moi, en l’occurrence, il s’agit simplement d’une affaire de marketing. De toute façon, je ne me satisfais pas particulièrement qu’on parle du design en tant qu’art.

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