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Ron Arad
No Discipline
Marie-Laure Jousset, le 17 novembre 2008
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Siège At Your Own Risk (A.Y.O.R), 1991_Tom-Vack
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Siège At Your Own Risk (A.Y.O.R), 1991_Tom-Vack
 
Dialogue avec Ron Arad...

Marie-Laure Jousset : Après « Nouvelles Tendances » il y a vingt ans, en 1987, vous voilà à nouveau au Centre, mais, cette fois, pour une exposition personnelle. Le Centre Pompidou, le MoMA : c’est important d’exposer dans des institutions ?

Ron Arad :
Naturellement que c’est important, je mentirais si je disais le contraire. C’est important, ne serait-ce que dans le rapport que cela me permet d’établir avec le public. Mais une institution reste une institution, elle ne peut être parfaite. Si c’était le cas, je pourrais y faire tout ce qui me plaît et la considérer comme une sorte de prolongement de mes activités. En fait, l’institution agit un peu comme un filtre. D’une manière générale, elle est comme un écho rassurant par rapport à ce que l’on crée car on peut très facilement penser que son travail n’a aucun sens. On peut aussi se demander s’il faut procéder comme ci ou comme ça ou simplement se poser la question de l’utilité de ce que l’on fait, de savoir à qui tout cela va-t-il bien pouvoir servir. On peut parfois avoir le sentiment d’être dans la duperie, de tromper son monde. Je ne parle pas forcément pour moi… en réalité, je ne veux pas avoir le sentiment d’accomplir un devoir, je veux faire ce que je veux tout en m’amusant. Et, en quelque sorte, l’institution me confirme que ce que je fais n’est pas totalement insignifiant.

M.-L. J. : J’irai presque jusqu’à dire que, dans votre cas, l’institution n’est pas étrangère à quelque chose qui serait de l’ordre de la rébellion ou de la critique.


R. A. :
C’est vrai que, quelquefois, j’aime bien secouer le cocotier. Bien sûr que cela me réjouit qu’une de mes oeuvres soit présentée au musée, que le Centre Pompidou, ou le MoMA, reconnaisse mon travail. Et que cette oeuvre ne soit pas un tableau, même pas un meuble, mais seulement une table de ping-pong, donc un simple équipement sportif, cela m’amuse d’autant plus ! J’aime bien désarçonner les gens lorsque je leur montre quelque chose, qu’ils pensent : « Qu’est-ce que le design vient faire ici ? » J’aime aussi qu’une même pièce puisse avoir plusieurs existences selon la manière dont elle est présentée. Par exemple, jouer ou pas avec les reflets ou avec la patine d’une oeuvre : on peut alors voir un paysage extérieur ou bien la morphologie de la pièce. J’ai l’impression de mettre l’institution au service de mes propres activités subversives.

M.-L. J. : En ce qui concerne la mise en espace d’une exposition, de la scénographie, ma conviction est que puisque nous avons la chance que les créateurs soient bel et bien vivants, et actifs, eh bien, cela vaut le coup de tenter le pari, de prendre le risque de les laisser faire. Je considère que, au final, il en résultera peut-être une nouvelle oeuvre d’art.

R. A. :
S’occuper de la conception d’une exposition et de tout ce qui va avec, tous les problèmes de montage… à vrai dire, cela ne m’intéresse pas beaucoup… a priori, cela ne me fait pas particulièrement envie, je préfère que ce soit d’autres qui s’en chargent. Je m’imagine très bien arriver la veille du vernissage d’une de mes propres expositions, regarder et apprécier : « Bien ! Génial ! Je trouve cela beau ! »

Ron Arad_No Discipline/CRASH Vipp ben brown by Ron Arad, 2008
Ron Arad_No Discipline/CRASH Vipp ben brown by Ron Arad, 2008
 
M.-L. J. : J’en doute fort… Vous seriez trop inquiet.

R. A. :
Dans l’idéal, j’aimerais beaucoup qu’il en soit ainsi. Dans la pratique, une fois que je mets mon nez dedans, c’est fichu. J’ai envie de tout faire et de présenter le plus de choses possible. Par exemple, au MoMA où l’exposition sera présentée dans un an, après le Centre Pompidou, on doit reconcevoir l’ensemble de l’espace car il est très différent de celui du Centre. En discutant avec Paola Antonelli, la commissaire, je lui ai fait une proposition : en imaginant que l’on partage en deux l’espace prévu pour l’exposition, il pourrait y avoir, d’un côté, son exposition à elle et, de l’autre, la mienne. J’ai pensé pendant quelques instants que cela pourrait être vraiment intéressant comme expérience : le public pourrait juger des choix faits par l’un ou par l’autre, comparer la mise en espace de chacun, etc. Il a bien fallu revenir sur terre et accepter l’évidence : c’était un rêve impossible. Mais, en réalité, je serais tout à fait prêt à le faire.

M.-L. J. : Sans aller jusque-là, c’est vrai que pour que le projet aboutisse, nous avons été amenés à nous rencontrer souvent, à discuter, à échanger nos points de vue…

R. A. : Avec le recul, je crois que je suis très heureux des résultats de nos diverses conversations qui, finalement, nous ont permis de surmonter bien des difficultés. Pour parvenir à ce résultat, il nous a fallu parler, expliquer, convaincre, quelquefois bouger, changer… C’est difficile dans la mesure où, quand j’ai une idée, il y en a sept autres qui me viennent à l’esprit, que je sais impossibles à réaliser et que, dans le même temps, je pense qu’elles le sont.

M.-L. J. : Mais vous en conviendrez, présenter votre travail dans un musée, ce n’est pas la même chose que de le présenter dans une galerie. Nous devons, en tant qu’institution, user d’un peu de pédagogie : éclairer le public, lui indiquer d’où viennent les oeuvres, où elles se trouvent. Si je prends la Concrete Stereo et l’Oh Void, par exemple, la première est coulée dans le béton et a été éditée par One off dans les années 1980 alors que la deuxième est en silicone et a été éditée par la Galerie Mourmans en 2006 : si on les présente telles quelles au public, sans explications, sans dates…

R. A. :
… c’est bien là le problème, je dois raconter une histoire, une seule histoire et malheureusement pas toutes celles que j’ai en tête. Quelquefois, je pense que, en guise d’exposition, un processus mental devrait suffire… mais là, pour notre exposition, je crois que je tiens la solution. Elle passe par le sol et par la technologie actuelle : j’ai déjà testé et utilisé à Maastricht et à Milan un important système de collage au sol qui me permet d’écrire à la main, de fixer des images, des textes, d’employer des couleurs. Sa souplesse d’utilisation me convient bien. Je peux par exemple orienter les gens en traçant des flèches, comme pour leur dire : « Allez voir par là la création qui se trouve de l’autre côté. » C’est une manière de fournir des informations au public dans la plus grande liberté.

Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Tom Vac_Vitra,1999.
Ron Arad_No Discipline/Ron Arad_Tom Vac_Vitra,1999.
 
M.-L. J. : Et ce système s’intègre parfaitement à votre structure…

R. A :
Je me sers du foyer de l’opéra de Tel Aviv comme structure centrale pour présenter les pièces uniques et les séries limitées dans la mesure où c’est un projet qui se trouve à la charnière entre le dessin à la main et le dessin numérique. En effet, quand on a montré le dessin du projet, tout le monde a pensé : « Voilà un des plus beaux exemples d’architecture conçue par ordinateur. » Et, de fait, ce dessin exécuté à la main ressemble à une image de synthèse. L’incroyable, c’est qu’il n’a fallu qu’une matinée pour modéliser ce qu’on avait mis quatre ans à dessiner ! Mais, concernant l’agencement de l’exposition, je préfère plutôt parler d’absence de structure, car il n’est pas dans mon intention d’en faire un manifeste « No Discipline ».

M.-L. J. : No Discipline, justement : ces deux mots ont fait l’objet de bien des hésitations. Fallait-il, pour l’intitulé de l’exposition, avoir recours aux notions d’« indiscipline », de « hors discipline » ou de « pas de discipline » ?


R. A. :
C’est vrai qu’entre le français et l’anglais, il y a deux cultures, deux mondes différents, et que les mots ou expressions peuvent être contradictoires. Mais, personnellement, je suis très content de « No Discipline » comme titre d’exposition. Pas besoin de définition. Concrete Stereo, par exemple, se réfère à la fois à l’architecture à cause du béton et à la musique et, pourtant, c’est aussi du design : « No Discipline », c’est exactement cela.

M.-L. J. : Si l’on en revient à la conception même de l’exposition, nous avons cherché à cerner tous les aspects de votre travail et, pour ce faire, nous avons exploré trois directions : les pièces uniques, les créations industrielles et l’architecture. Si l’on reste dans cette logique, vous ne craignez pas que l’on se demande « Qui est Ron ? Un architecte ? Un artiste ? Un designer ? ».

R. A. : J’espère que l’on se dira : « C’est un bon architecte, un bon artiste et un bon designer. » Vous savez… quand vous entrez dans l’atelier, il n’y a pas de barrière étanche entre les fonctions, et l’on n’a pas besoin de passeport pour passer de l’une à l’autre. C’est comme cela que je travaille, tant pis pour ceux qui ont besoin de ranger et de classifier systématiquement les choses et les gens. Comme je l’ai déjà dit, j’aime m’amuser. J’aime qu’au bureau on ait l’impression d’être à l’école maternelle, qu’on ne commence pas la semaine en se plaignant parce qu’on est lundi. C’est fondamental pour moi cette idée de cour de récréation. Je n’avais pas projeté d’entrer dans le monde du design, je ne l’ai pas fait exprès… ce qui se passait, c’est que je ne me sentais pas très à l’aise dans un cabinet d’architectes. Par exemple, quand j’ai réalisé cette pièce en rapport avec les readymades, le Rover Chair, ce n’est pas parce que je voulais sauver la planète en ayant recours au recyclage ou parce que j’avais l’intention de m’introduire dans le monde du mobilier, non, c’est tout simplement parce que, à ce moment-là, j’étais capable de le faire… c’est tout.

M.-L. J. : C’était, en quelque sorte, dans vos moyens…


R. A. :
En tout cas, c’était faisable.

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